Critiques

Sandro Perri

Soft Landing

  • Constellation Records
  • 2019
  • 42 minutes
8
Le meilleur de lca

Avec sa musique qui défie toute catégorisation, le Torontois Sandro Perri fait figure d’ovni dans le paysage indie (y compris au sein de son propre label Constellation). Rarement a-t-on vu un artiste passer si facilement d’un genre à l’autre, de l’électro au folk tropical jusqu’à la pop ambiante. Sur Soft Landing, il s’amuse avec les codes du jazz et du soft-rock des années 70 avec une parfaite maîtrise du style.

La parution aussi rapide de ce Soft Landing a de quoi surprendre un brin. En effet, il y a moins d’un an, Perri nous arrivait avec In Another Life, un album lancé après une absence de sept ans et qui lui a valu les commentaires les plus élogieux de Pitchfork et une mention sur la plus récente longue liste du prix Polaris. En même temps, le musicien et réalisateur n’a jamais été du genre à s’asseoir sur ses lauriers, lui qui a également été actif sous les pseudonymes Polmo Polpo et Off World.

La musique de Perri a toujours été marquée par une économie de moyens. Il utilise la répétition et des structures harmoniques simples pour créer des chansons expansives qui se développent sans se développer, entraînant l’auditeur dans un monde où l’on perd la notion du temps. Ainsi, In Another Life était constitué de la chanson-titre, une odyssée de 24 minutes bâtie sur une seule séquence d’accords, et de trois versions du même morceau, avec trois chanteurs et trois arrangements différents.

Soft Landing se situe dans un registre quelque peu différent dans la mesure où il fait appel à d’autres traditions musicales. C’est un peu plus léger dans le ton qu’In Another Life en s’abreuvant au jazz-funk à la Stevie Wonder (incluant le clavinet) et le soft-rock à la America, The Eagles ou Cat Stevens. En ce sens, ce nouvel album est plus proche sur le plan stylistique d’Impossible Spaces, le disque qui a révélé Sandro Perri en 2011 et qui regorgeait lui aussi d’influences du rock et du jazz fusion des années 70. Cela dit, la signature sonore de Perri demeure toujours la même, avec pour éléments principaux son chant souple et délicat et la finesse des arrangements.

Soft Landing s’ouvre avec une pièce de 16 minutes, l’excellente Time (You Got Me), sur laquelle Perri médite sur le passage du temps et son impact sur nos relations avec les autres:

« I can remember, not long ago, I said you move too slow

When people tried to tell me that you were on my side

Now that we’ve spent some years together, it seems like you’re more indifferent

You don’t take sides ».

Time (You Got Me)

Musicalement, la pièce évolue lentement au gré d’une séquence d’accords qui semble suspendue dans les airs. Puis, à quatre minutes, Perri se libère des contraintes du format chanson en se lançant dans une improvisation qui rappelle les jams un peu désordonnés des Grateful Dead ou du Velvet Underground. L’accent n’est pas mis sur la virtuosité, mais sur les textures qui rendent le tout extrêmement fluide et facile à assimiler.

L’album révèle d’ailleurs une autre facette de Perri peu exploitée jusqu’ici dans sa discographie : son jeu à la guitare. On le remarque notamment sur la pièce-titre et sur Floriana, deux pièces instrumentales qui évoquent des noms comme Pat Metheny ou Jeff Beck. Et c’est sans compter la très réussie Wrong About the Rain, où la guitare semble en parfaite communion avec le clavinet sur un rythme funk.

Comme le reste de l’œuvre de Perri, Soft Landing s’apprivoise lentement, au gré des écoutes, à la lumière d’un bon vin qu’on laisse vieillir. Sans doute le même vin qu’on pourra ensuite déguster en écoutant cet album volontairement sans artifice (malgré la richesse des références et du propos) et avant tout résolument chill.

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