Critiques

Russian Circles

Gnosis

  • Sargent House
  • 2022
  • 40 minutes
8
Le meilleur de lca

La gnose est une doctrine religieuse qui prétend donner accès, par l’initiation et par la révélation intérieure, à la connaissance suprême. En fait, ce savoir ultime s’articulerait par de multiples plongées méditatives au plus profond de nos êtres. C’est ainsi que l’on pourrait découvrir, semble-t-il, notre propre divinité. Cette définition de la gnose en amorce d’une critique de disques peut paraître un peu beaucoup ampoulée. Or, ce sont ces intenses réflexions qui ont poussé le trio post-rock / post-métal instrumental, Russian Circles, à titrer leur 8e album studio en carrière, Gnosis.

En 2019, Mike Sullivan (guitare), Brian Cook (basse) et Dave Turncrantz (batterie) nous avaient proposé Blood Year; un long format qui nous escortait dans une sorte de rituel ésotérique. Ce n’est donc pas d’hier que Russian Circles tente de déchiffrer les mystères de l’existence.

En 2016, après avoir confié la réalisation des trois précédents albums aux mains de Brandon Curtis (Geneva, Empros et Memorial), les Chicagoains ont fait appel aux services du vénéré guitariste de la formation post-hardcore / metalcore Converge, Kurt Ballou.

Sur ce Gnosis, c’est de nouveau Ballou qui supervise les opérations. Enregistré en partie au Electrical Studio de Steve Albini et complété au GodCity Studio de Ballou, ce nouvel album de Russian Circles est bourré de textures denses et de grooves hypnotiques. C’est aussi l’une de leurs créations parmi les plus puissantes et lourdes en carrière.

Inspirée fortement par le contexte socioéconomique chancelant des deux dernières années, la formation a partiellement mis au rancart certaines de leurs idées dociles afin de miser sur l’explosivité sonore aux accents océaniques qui a toujours défini le trio. Gnosis est donc bourré de riffs costauds — parmi les plus punitifs de la carrière de Russian Circles — de guitares marines et de blast-beats effervescents.

Dans Betrayal, l’introduction caractérisée justement par l’un de ces fougueux blast-beat met admirablement bien la table à une suite d’accords d’une lourdeur abyssale… comme un bateau tentant de garder le cap dans une tempête en haute mer ! La chanson-titre, elle, est digne des moments cathartiques assénés depuis près de 25 ans par une formation comme Cult of Luna. Sur ce morceau, les guitares sont spacieuses et robustes à la fois. Et les moments plus délicats permettent à Cook et Turncrantz de faire valoir leurs sensibilités rythmiques respectives, particulièrement dans la conclusive Bloom.

Parmi les autres réussites de cet excellent long format, la basse vrombissante et le rythme martial dans l’introductive Tupilak lance l’assaut de belle manière. Conduit est une chevauchée post-apocalyptique que n’aurait pas renié le Mastodon de l’époque Crack the Skye (2009) et le blast-beat dans Vlastmil est digne de ce qui se fait de mieux dans le black métal. Coup de chapeau à l’intermède Ó Braonáin qui sert de trêve vaporeuse avant la relance des hostilités.

Si Gnosis est peu innovant — du moins pour le fervent de Russian Circles —, il nous permet encore une fois d’apprécier l’immense talent de ces trois instrumentistes qui ont le mérite d’avoir su élaborer une identité sonore reconnaissable entre tous.

Du Russian Circles pur jus, tout simplement !

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