Critiques

Röyksopp

Profound Mysteries

  • Dog Triumph
  • 2022
  • 51 minutes
8
Le meilleur de lca

Röyksopp est le projet de musique électronique des Norvégiens Svein Berge et Torbjørn Brundtland, actifs depuis la fin des années 90, avec une sonorité initiale gravitant autour du chill-out, downtempo, house et trip-hop. Le premier album Melody A.M. (2001) laissait présager cela, mais leur talent pour les motifs accrocheurs composés aux synthétiseurs allait les mener dans une direction plus pop et accessible dès l’album suivant, The Understanding (2005). Ils sont devenus une référence internationale dans la musique électronique scandinave, et les collaborations vocales ont certainement contribué à ce niveau de reconnaissance, dont Robyn pour n’en nommer qu’une.

Tout ce succès nous mène à leur cinquième album The Inevitable End (2014), qui sonnait effectivement comme une fin, ou un dernier album, sombre et épique. Le projet semblait rendu à l’étape de partir pour Valhalla, mais non, après huit ans de projets accomplis en parallèle, le duo est revenu en avril dernier avec Profound Mysteries, une nouvelle expérience immersive divisée en dix parties, pour ne pas dire un excellent album qui s’écoute du début à la fin.

(Nothing But) Ashes… s’articule doucement au piano, émanant d’un rêve légèrement mélancolique qui gagne en densité et en ascension avec les cordes frottées et l’arpège synthétique de nature kosmiche. Le thème revient se déposer au sol pour laisser The Ladder poursuivre, avec sa boîte à rythmes discrète et une trame qui s’évapore à travers les circuits électroniques, façon « Air nordique ». La guitare électrique reprend ensuite la mélodie comme un solo à saveur baléare, duquel on ressent la radiation ensoleillée d’un 7 à 9 sur la terrasse. Impossible passe en vitesse supérieure avec son motif électro saturé, démarrant au niveau de la piste de danse pour s’envoler vers les cieux avec la fabuleuse Alison Goldfrapp. En illuminant la pièce avec sa voix stratosphérique, elle crée un contraste avec la basse monophonique qui est mémorable, et peut donner des frissons de catégorie ASMR.   

This Time, This Place… continue sur une séquence techno dance très compressée, qui agace l’oreille au passage, mais laisse heureusement sa place à un segment plus équilibré et mélodique. Le thème est guidé par la voix de Beki Mari, placée plus près de l’oreille que Goldfrapp, comme une confidente angélique. How The Flowers Grow conserve l’impulsion techno, mais dans une direction plus ambient, avec Pixx (Hannah Rodgers) qui assure la partie vocale avec sensibilité. Le thème est conclu par une pluie légère qui nous fait passer à If You Want Me, une prière italo-disco dirigée par la chanteuse norvégienne Suzanne Sundfør, dont la puissance vocale fait résonner le texte à une hauteur divine.

There, Beyond The Trees nous ramène brièvement au sol, tel un interlude percussif, qui fait le lien entre la piste précédente et Breathe. Celle-ci rebondit dès le départ dans un élan electro-pop, dominé par la voix aérienne d’Astrid Smeplass, qui rythme les paroles comme elle respire. Sundør revient avec sa voix de tête sur l’harmonieuse The Mourning Sun, qui renouvelle la sensation d’élévation à une hauteur comparable à Enya. Press “R” conclut simplement en répétant « Press R to continue », telle une expérience immersive futuriste.

Peut-être que quelques écoutes sont nécessaires pour percevoir cela, mais Profound Mysteries laisse une impression que Röyksopp est peut-être allé faire un tour à Valhalla finalement. Le thème sur les mystères de l’expérience humaine propose une certaine profondeur dans les textes. Ils sont élevés vers la lumière par les voix féminines charmées par toute la force vocale contenue dans leur délicatesse. Cette atmosphère solennelle ponctue merveilleusement bien les séquences dansantes, bien ancrées dans les basses. En parallèle, il y a une ressemblance musicale étonnante avec la trame sonore de Tron Legacy (Daft Punk, 2010), ce qui lui apporte un petit edge sci-fi de musique du futur, et un clin d’œil à Moroder.