Critiques

Rosetta

Quintessential Ephemera

  • Indépendant
  • 2015
  • 52 minutes
8,5
Le meilleur de lca

RosettaOn va commencer avec une confidence: il faut toujours que l’équipe du Canal Auditif tempère les notes que j’attribue à une nouvelle parution. Surtout quand celle-ci se situe dans mon champ de prédilection, le post-métal. Ce n’est pas de la censure, c’est de l’expérience! Je le dis en souriant, mais c’est tout à fait ça: franchement, pourquoi se «peinturer» dans le coin dans le premier trimestre de l’année en cours? Car oui, j’étais prêt en avril à fermer les livres et à donner une note quasi parfaite à The Crash & The Draw de Minsk. Deux mois plus tard, je suis content d’avoir encore cet as dans ma manche… parce que le nouveau Rosetta, Quintessential Ephemera, est sans faille et bien supérieur au dernier Minsk.

Depuis 2003, Rosetta explore diverses textures de post-métal en interprétant d’une manière fort originale les méandres qui convergent vers ISIS, Neurosis et autres Jesu, groupes qui représentent le canon du genre. Mais il y a toujours eu chez Rosetta une plus-value dans la démarche, dans la recherche de l’expérience de l’auditeur, bref une volonté assumée d’aller au-delà du territoire connu.

Avec Rosetta, jusqu’à The Anaesthete (2013), on est dans l’ombre et la lumière, dans l’aérien et le fantomatique, dans l’épique, l’intense et le puissant, mais surtout, dans le pensif et l’introspectif.

L’effort de 2013, plus sombre, a raté la cible non pas parce que les compositions ou la sitedemo.cauction n’étaient pas convaincantes, mais bien plutôt parce qu’on sentait le groupe à la recherche de ses repères dans une formule qui n’était pas la sienne.

L’ami de longue date, et partenaire de tournée Eric Jernigan (City Of Ships) s’est joint au quatuor en tant que membre officiel dans ce contexte et a vraiment remis le groupe de Philadelphie sur les rails. Voilà un groupe qui a non seulement retrouvé ses repères, mais qui s’est réinventé.

Et c’est sans aucun doute l’ajout de la voix claire, chantée, de Jernigan qui représente le plus grand virage de ce Quintessential Ephemera. Un retour à la lumière célébré de douces mélodies, des transitions plus limpides et des crescendos mieux contenus, pour une explosion plus percutante.

Dans les grands moments d’intensité, la voix de Jernigan se couple à celle de Michael Armine (le gars qui crie) avec intensité et n’est pas sans évoquer la manière dont Aaron Gillepsie venait appuyer avec émotion les cris de Spencer Chamberlain à la belle époque d’Underoath.

Untittled V est probablement la pièce maîtresse de ce nouvel album. Incroyable charge d’intenses émotions et véritable «headbanger». Mais Untittled I est aussi une pièce parfaite, qui introduit à merveille les talents de Jernigan.

Toutes nommées Untittled et numérotées dans l’ordre, ces nouvelles pièces exacerbent les réflexions existentialistes du groupe, bien qu’elles dévoilent un humanisme nouveau (la référence à Sartre était voulue). La guitare planante de J. Matthew Weed, ajoutant à cette relative légèreté dans le chaos ordonné.

After The Funeral et Nothing In The Guise Of Something ceinturent pour leur part à merveille le noyau du disque. Douces, vaporeuses, mais poignantes, elles sont respectivement de parfaite introduction et conclusion à un rigoureux effort de composition.

Rosetta entre donc sérieusement dans le champ du post-rock avec ses nouvelles explorations et ce n’est plus que conceptuellement qu’on lie le groupe à ce courant.

Quintessential Ephemera est un album aussi touffu que serré aussi paradoxal que cela puisse paraître. Bref, voilà un disque bien à propos dans la discographie de Rosetta, un album aussi captivant qu’il a vidé ma banque d’adjectifs.

Ma note: 8,5/10

Rosetta
Quintessential Ephemera
Indépendant
52 minutes

http://www.rosettaband.com

https://www.youtube.com/watch?v=PwkWYgmaN5Q

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