Critiques

Ride

This Is Not a Safe Place

  • Wichita Recordings
  • 2019
  • 51 minutes
6

Jadis un des fiers représentants du shoegaze, le groupe Ride n’a jamais vraiment cultivé la nostalgie de cette époque. En 2017, les gars lançaient un premier disque en 21 ans, Weather Diaries, où les guitares saturées d’effets cédaient le pas à une pop plus accessible. Les voici déjà de retour avec This Is Not a Safe Place, une galette moins réussie où le groupe semble écartelé entre le passé et le présent.

L’histoire de Ride a déjà été plutôt bien documentée. En 1990, le quatuor, formé des chanteurs et guitaristes Andy Bell et Mark Gardener, du bassiste Steve Queralt et du batteur Loz Colbert, lançait leur tout premier album, Nowhere, un des classiques du shoegaze. Un autre disque très réussi, Going Blank Again, a suivi deux ans plus tard. C’est après que les choses se sont gâtées. Le rock éthéré et tourbillonnant associé au shoegaze n’ayant plus la cote, Ride a tenté une incursion du côté de la britpop sur son troisième album, Carnival of Light, en 1994. Le divorce fut prononcé deux ans plus tard avec le désastreux Tarantula, jugé si mauvais par les dirigeants du label Creation qu’il a été rayé de leur catalogue une semaine tout juste après sa sortie.

Compte tenu du passé orageux du groupe, la sortie de Weather Diaries il y a deux ans a été accueillie avec une certaine fraîcheur par les fans de Ride. Non seulement les gars avaient pu mettre leurs divergences de côté, mais ils avaient réussi à pondre une œuvre actuelle et originale, sans tenter de recréer la magie du passé. Mais autant ce disque annonçait quelque chose de prometteur, autant j’ai du mal à me laisser séduire par This Is Not a Safe Place, qui poursuit dans la même veine un peu plus pop, mais en référant aux codes du shoegaze comme s’il s’agissait d’une béquille.

Il est d’ailleurs révélateur que le premier titre sur l’album se nomme R.I.D.E., comme si le groupe voulait ainsi réaffirmer son identité musicale. On y retrouve des guitares et des synthés érigées en un mur de son comme à l’époque de Nowhere, mais avec un côté dansant qui signale encore une fois la présence du DJ et réalisateur Erol Alkan. Le disque lui-même se divise en deux, avec des morceaux plus pop comme Future Love et Repetition (tous deux plutôt efficaces, sans être mémorables non plus) et des chansons plus vaporeuses nappées de chorus et de flanger, comme la très Slowdive Eternal Recurrence ou Clouds of Saint Marie, d’influence dream pop.

Le problème n’est pas tant que Ride semble jouer à l’équilibriste entre shoegaze d’un autre temps et pop plus actuelle, mais plutôt cette impression qui persiste tout au long de l’album d’un léger manque d’inspiration. Il n’y a pas ici de titre aussi accrocheur que Leave Them All Behind ou Vapour Trail. Les textes semblent eux aussi avoir été bâclés par moments, comme dans 15 Minutes :

« This was your 15 minutes

Hope you had fun now

Have a nice life yeah

You’re basically done now ».

15 Minutes

Il y a aussi des moments très réussis. Personnellement, j’aime bien le rock plus incisif de Kill Switch, même si ça détonne un peu par rapport à du Ride classique. Jump Jet, qui aborde le côté déshumanisant de la vie de tournée, s’inscrit, elle aussi, parmi les plus belles chansons du répertoire de la formation, tout comme la planante In this Room, même si elle s’étire un peu inutilement au-delà des huit minutes.

This Is Not a Safe Place n’est pas un album catastrophique, loin de là, et ça va sans doute très bien sonner en show au Théâtre Fairmount le 18 septembre. Sauf que je m’ennuie du Ride revigoré qui nous avait donné Weather Diaries il y a deux ans. Bien sûr, on dira qu’il est plus facile de se réinventer après 21 ans d’absence. Mais ça ne devrait pas empêcher un groupe de continuer à regarder vers l’avant.

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