Critiques

RELIEFS

Sauver l’univers

  • Indépendant
  • 2020
  • 45 minutes
7,5

Quatre ans après son premier album, le groupe franco-québécois RELIEFS est de retour avec Sauver l’univers, qui navigue encore dans des eaux post-rock, mais sans s’égarer dans de trop longues compositions. Cette approche plus concise a toujours bien réussi au groupe, et ce nouveau disque atteint très bien sa cible, en proposant un rock intense et dramatique, habile à évoquer toutes sortes d’images.

Les groupes de post-rock n’ont jamais eu peur des titres d’albums un peu pompeux ou généreux en superlatifs. Pensons au classique Millions Now Living Will Never Die de Tortoise, ou à Explosions in the Sky avec son Those Who Tell the Truth Shall Die, Those Who Tell the Truth Shall Live Forever. Et que dire du magnifique Hardcore Will Never Die, But You Will de Mogwai. Dans le cas de RELIEFS, il y a bien sûr un peu d’humour derrière le titre Sauver l’univers. Le trio s’est d’ailleurs amusé dans ses communiqués de presse en annonçant une « sortie intergalactique ».

Cela dit, dans le cas d’une année comme 2020, où on a l’impression que les mots sont sans cesse détournés de leur sens ou utilisés comme une arme, un album instrumental est peut-être le remède tout indiqué contre la morosité ambiante. Composé du bassiste Maxime Sollier, du batteur David Lévesque et du guitariste Alexandre McGraw, RELIEFS a en effet concocté un disque en phase avec son époque, duquel se dégage un sentiment de dystopie inquiétante, mais avec une lueur d’espoir.

Par rapport au précédent Nos yeux, Sauver l’univers se démarque par un son moins homogène, ce qui tient sans doute à la place plus importante accordée aux sonorités électroniques. Des morceaux tels Archipel et Bruits d’étoiles flirtent volontairement avec le new wave ou même le rock gothique, tandis que la pièce-titre lorgne du côté du rock progressif, avec sa structure en trois sections, une métrique irrégulière, des envolées de synthétiseurs dignes d’un Rick Wakeman et une durée dépassant la barre des huit minutes (une anomalie dans le répertoire de la formation).

À l’époque où je sévissais pour Camuz, j’avais interviewé les gars de RELIEFS, à quelques mois de la sortie de Nos yeux. Le groupe m’avait alors confié ne pas être friand de l’étiquette post-rock pour décrire sa musique (le trio se plaît d’ailleurs à dire à la blague qu’il fait du compost-rock). Surtout, le bassiste Maxime Sollier ne voyait pas pourquoi post-rock rimerait toujours avec de longues pièces construites selon de grandes montées d’intensité : « Moi, je pense que ça peut être épique quand ça dure quatre minutes! Effectivement, il y a des riffs qu’on pourrait répéter huit fois pour que ça monte encore plus, mais on a rarement fait ça ». En fait, dans son approche un peu minimaliste (et cinématographique) du post-rock, RELIEFS rappelle davantage un groupe comme Pawa Up First plutôt que tous les canons du genre.

Le groupe n’hésite pas non plus à enfoncer la pédale de distorsion de temps à autre, donnant un côté presque metal à certains de ses titres, comme dans la dernière partie de No Seguro, ou sur Coma (ferme les yeux quand tu cours). On note également de nouvelles influences, notamment sur Canicule, qui fait penser à du M83, tandis que l’excellente Le périple du sable bénéficie d’une énergie post-punk.

Basé à la fois à Montréal et à Bordeaux, RELIEFS semblait prédestiné à un contexte de pandémie, ses membres étant habitués à s’envoyer des pistes de travail par courriel et à se parler par visioconférence. Il leur aura d’ailleurs fallu trois ans pour enregistrer Sauver l’univers. Au final, il en résulte un album qui, à défaut de sauver l’univers, a au moins le mérite de le rendre un peu meilleur durant 45 minutes.

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