Critiques

Purple Mountains

Purple Mountains

  • Drag City
  • 2019
  • 44 minutes
8
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All My Happiness is Gone

David Berman est un poète, un bédéiste et, bien sûr, un auteur-compositeur qui a surtout fait sa marque au sein de Silver Jews; une formation dans laquelle ont fait partie Stephen Malkmus et Bob Nastanovich, tous deux membres de feu Pavement. Après 6 albums studio réalisés avec une multitude de musiciens, Berman a mis fin au groupe de manière abrupte en 2009 en donnant un dernier concert… dans une grotte !

Au cours des 10 dernières années, l’artiste s’est donc réfugié dans son modeste appartement de Chicago, vivant en réclusion, ce qui a assurément poussé son épouse, avec qui il a été marié pendant 20 ans, à le quitter. En plus de souffrir de dépression chronique, l’homme a dû vivre un douloureux deuil : sa mère est décédée en 2014. Et puisque son père est un important lobbyiste de la N.R.A (National Rifle Association) – le principal organisme pro-armes à feu aux États-Unis – on déduit aisément que Berman avait un net parti pris pour sa maman…

Tout ce spleen ininterrompu a étonnamment inspiré l’artiste à revenir à la vie. En 2018, en plus de réaliser l’album Universalists de Yonatan Gat, il a accéléré le processus d’écriture de ses nouvelles chansons en collaborant entre autres avec son vieux pote, Stephen Malkmus, ainsi qu’avec Dan Auerbach (The Black Keys), Jeff Tweedy (Wilco) et Dan Bejar (Destroyer). Mais c’est avec l’importante contribution de Jeremy Earl et Jarvis Taveniere de la formation folk-rock Woods que le projet Purple Mountains a pris définitivement son envol.

Par conséquent, Berman nous propose 10 chansons autobiographiques relatant, avec un sarcasme parfois hilarant et une mélancolie réellement émouvante, les 10 dernières années de son existence. Musicalement, il n’y a absolument rien d’inventif chez Purple Mountains. On est ici dans l’Americana pur jus qui porte en lui quelques éléments orchestraux (All My Happiness is Gone, Nights That Won’t Happen).

Mais ce qui distingue ce disque de ses semblables est l’approche vocale chancelante et la poésie singulière de Berman; un songwriter qui possède une signature unique. Voilà un disque réconfortant et morose à la fois, qui injecte une bonne dose d’authenticité à un genre qui tournait sérieusement en rond depuis quelques années.

Parmi les meilleurs moments ? La prenante Snow is Falling in Manhattan (qui a des airs de Coney Island Baby de Lou Reed), l’ironique She’s Making Friends, I’m Turning Stranger (référence directe au départ de son ex-épouse) de même que la profonde solitude vécue par Berman et magnifiquement exprimée dans Nights That Won’t Happen.

Si vous aimez la mélancolie et la sincérité de Townes Van Zandt, la poésie sardonique de Bob Dylan et la voix inharmonieuse de Lou Reed, vous tomberez sous le charme de Purple Mountains. De l’Americana sous tranquillisant, magnifiquement triste et indolent.

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