Critiques

Pharmakon

Devour

  • 36 minutes
8
Le meilleur de lca

Devenue depuis plusieurs années la figure de proue de la scène « hardcore noise » new-yorkaise, la musique de Pharmakon inspire un malaise profond pour qui conteste le dysfonctionnement d’une société en déclin. Les vices de l’humain sont disséqués de manière presque chirurgicale à travers une voix suffocante noyée dans des assauts « harsh noise » d’une violence viscérale.

Accordant une importance particulière aux visuels de ses albums, Devour aborde la destruction de soi-même et le cannibalisme en montrant Chardiet croquant dans un masque de son propre visage. À travers une abstraction répugnante, la New-Yorkaise dénonce en réalité la crise à laquelle notre espèce fait aujourd’hui face en pointant du doigt les causes hideuses de ces déséquilibres contemporains.

À l’occasion de ce quatrième album, Chardiet a choisi de tout enregistrer en version live en studio et c’est sûrement ce qui permet la retranscription, au sens littéral du terme, d’une violence abrasive. Ce nouvel opus s’aborde comme une expérience immersive dans laquelle on cherche à trouver une forme de libération dans un chaos oppressant.

En commençant avec les déflagrations sonores destructives du sinistre Homeostasis, Chardiet enchaîne avec Spit It Out où ses hurlements sonnent comme une voix satanique répétant obsessivement des plaintes sur fond de bruits désorientants. Le simple Self-Regulating System adopte une structure un poil plus accessible grâce à l’utilisation de percussions métalliques plus rythmées entremêlées de parties lyriques faites de questions-réponses, comme une discussion interne sur la nuisance que l’on s’assène à soi-même. On se sent martyrisé, agressé, mais en même temps totalement déconcerté par la manière dont les titres semblent se nourrir les uns des autres, comme s’ils formaient un seul et même corps à l’ADN non identifiable.

Sur Deprivation, Pharmakon secoue les entrailles de notre subconscient en déglutissant ses cris empreints d’une sombre et lancinante distorsion associée à des assemblages de larsens toujours aussi mécaniques. Devour se terminera avec Pristine Panic/Cheek by Jowl, pièce de douze minutes constituée de deux parties distinctes qui plonge dans un néant infernal auquel on essaye d’échapper, en vain.

Les trente minutes de ce quatrième album représentent l’incarnation de notre pire cauchemar; un univers qui n’est pourtant pas tant éloigné de la réalité lorsque l’on intègre le cri de détresse que lance ici Pharmakon. Évidemment peu accessible, la noise expérimentale de Devour nous aura permis de trouver la séduction dans la destruction.

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