Critiques

Peter Broderick

Partners

  • Erased Tapes
  • 2016
  • 41 minutes
7,5

Un des premiers artistes à avoir été signé sur l’importante étiquette Erased Tapes, Peter Broderick, fait un retour aux sources avec Partners, un album où le piano est maître. S’ajoute à la recette un élément particulier: le hasard.

Inspiré par la créativité de John Cage et son utilisation de l’aléatoire dans la composition, Peter Broderick a choisi pour Partners de faire appel aux dés pour créer des pièces et des poèmes, d’instituer la chance et les probabilités comme base à la musique. De Cage, Broderick a aussi retenu l’idée de se détacher de l’œuvre, et voilà que le musicien de Portland, Oregon, a décidé de ne pas écouter l’album avant la sortie finale. Même pas une écoute à l’enregistrement ou au mixage!

Partners s’ouvre sur un poème construit autour du titre de la deuxième pièce, une interprétation de In A Landscape de John Cage. Le poème devient presque une prière, dérape parfois dans des réverbérations et des «lu lu la la land», puis des «Mister Pete is goofy».

Carried met en relation la voix de Broderick enregistrée en boucle, qui rappelle celle de James Blake à plusieurs égards, et le piano. Composée à Berlin à une époque où Broderick et Nils Frahm collaboraient beaucoup (ils forment le duo Oliveray), Carried nous transporte dans une longue suite de doux ressacs.

Under The Bridge a été composée de façon aléatoire, en assignant des accords et des notes à des chiffres et en roulant les dés pour déterminer dans quel ordre les jouer. À cela s’ajoutent des pédales d’effets rajoutées pendant la postsitedemo.cauction par le réalisateur Tucker Martine. Si on ne sait pas que la pièce est aléatoire, impossible de le savoir. On retrouve le même esthétique que dans du Satie ou, de façon plus contemporaine, dans du Dustin O’Halloran.

Dans Conspiralling, Broderick chante à nouveau, une voix éloignée, en second plan, comme un mantra qui résonne au loin.

Up Niek Mountain rend hommage à un fermier rencontré lors d’une résidence de création sur une ferme aux Pays-Bas. Sur cette pièce, on entend plus le travail de Tucker Martine au bidouillage, des petites altercations qui, sans écouteurs, passent inaperçues ou presque, mais qu’à l’écoute attentive, viennent surprendre.

Sometimes est une interprétation de la chanson de Brigid Mae Powers, une chanteuse folk-pop états-unienne et, accessoirement, sa fiancée. La pièce connaît un achoppement à la 36e seconde, où Broderick arrête de jouer et lance un «dang it» bien senti, avant de déclarer qu’il est rendu capricieux et qu’il recommence. On ne sait pas si Broderick sera heureux de découvrir cette partie conservée sur l’album final… La pièce, en fin de compte, est fort jolie, tant dans les paroles que dans le piano. Une belle conclusion à Partners, qui, tout à coup, prend un double sens avec cet hommage à son amoureuse.

En six morceaux et trois quarts d’heure, Peter Broderick réussit à créer un disque hautement intellectuel et conceptuel dans lequel la mélodie reste au premier plan et le plaisir auditif aussi.

Ma note: 7,5/10

Peter Broderick
Partners
Erased Tapes
41 minutes

http://www.peterbroderick.net/

https://soundcloud.com/erasedtapes/peter-broderick-carried