Peaches
No Lube So Rude
- Kill Rock Stars
- 2026
- 30 minutes
Si votre idée d’une artiste libérée correspond à Taylor Swift, voici la chance de réévaluer votre opinion.
En fait, Peaches s’en fout de votre opinion. Elle a créé il y a longtemps son propre univers artistique parallèle, peuplé de personnages flamboyants et déjantés, de phrases qui éloigneront immédiatement les esprits conservateurs, en ouvrant la porte à toute la marge colorée. « I never give a fuck / so I fuck how I wanna fuck » (Fuck How You Wanna Fuck).
Premier album complet en dix ans. Dix années à tourner, faire de la sculpture, du théâtre, vivre quelques vies. Devant l’état sombre du monde, le moment était venu de (se) manifester, de transformer ses pensées en chansons. Sur No Lube, So Rude, fidèle à Peaches, ces pensées sont sexuelles. Encore et toujours dans une esthétique de provocation, de revendications : du corps, de l’identité, du genre, de soi, dans une société qui, de façon générale, n’aime pas ce qui dépasse, et qui le signifie violemment. Peaches nous fait partager sa résilience, de son point de vue d’icône féministe et queer, postménopausée. « I’m gonna make aging cool », a-t-elle déjà dit. Sur Hanging Titties, elle ajoute: « Older than you, looking so cunt /Oh, look at you, all in my cunt / Thirsty much? / My hanging titties hit like the punch ».
Des punchs qu’elle assène toujours de façon directe. Pas de temps à perdre en poésie hermétique, les mots en seront directement reçus par les personnes qui se sentent touchées. Ou visées. Sur Not in Your Mouth None of Your Business, hymne qui met justement des poings sur des yeules :
Not in your mouth none of your business
I cannot be squashed or minimized
You will never take away our pride
Orders won’t make us lie down and die
We will stop you fucking up our lives
— Not in Your Mouth None of Your Business
Un engagement jusque dans le choix du titre de l’album. Peaches répète à la face de la société qu’elle se fait prendre, sans lubrifiant, impoliment. Et à l’inverse, son œuvre offre un antidote à la dureté actuelle en cherchant à transformer la friction de l’époque en plaisir, joie, fierté.
Enregistré dans sa Berlin adoptive, dans son studio La Queef, coréalisé avec The Squirt Deluxe, lancé chez la maison de disque indépendante Kill Rock Stars, mixé de façon assez incroyable par Enyang Urbiks, également au « design d’effets » (en estie oui. Yowch!), No Lube, So Rude est électronique, dance, bon, beau, fait pour jouer très fort, aux écouteurs, encore mieux. Voix, claviers et beats pour tout le monde, et très peu de guitares égratignées cette fois. Sauf sur Grip, aux guitares très métal. Arrangement de cuivres en plus! Rares dans l’univers de Peaches. Probablement sa production la plus étoffée, loin des trucs plus rudes de jadis. Toujours 100% punk.
Peaches termine le party en sortant les violons (littéralement), autre rareté dans son répertoire, pour réconforter son monde en lui donnant de l’amour : « Drill through the grate / Lift up the weight / Give it some space / Before it’s too late / I wanna be love » (Be Love).