Critiques

Organ Mood

Indivisible

  • Dare To Care Records
  • 2019
  • 41 minutes
7

Aborder un album d’Organ Mood est toujours un peu particulier, puisqu’on s’attarde seulement à la moitié du projet, celui-ci prenant toute sa splendeur en spectacle, lorsque les projections sur acétate viennent compléter les mélodies de synthétiseurs et les rythmes répétitifs pour créer un environnement immersif hors du commun. Bicéphale, la bête Organ Mood est constituée depuis 2009, par le claviériste Christophe Lamarche-Ledoux (feu doux, Chocolat) et l’artiste visuel Mathieu Jacques.

Elle prend toutefois du coffre cette année, avec la parution d’un nouvel album, intitulé Indivisible, quatre ans après Comme si nous étions déjà libres. Aux deux membres fondateurs s’ajoutent désormais Estelle Frenette-Vallières (Les louanges, Bernard Adamus, Chocolat) aux projections lumineuses et de Mathieu Charbonneau (Avec pas d’casque, Timber Timbre) aux synthétiseurs analogiques.

Organ Mood reste ainsi un animal bicéphale, partagé entre les arts visuels et la musique, mais l’effet des nouveaux membres du groupe n’en est pas moins audible sur Indivisible. Sa musique occupe maintenant un espace plus large, grâce notamment à une palette sonore plus diversifiée, et des séquences rythmiques plus lentes, s’éloignant des sonorités vintage exploitées sur le précédents opus. Les mélodies de synthétiseurs se font moins dominantes, laissant la place à textures sonores plus douces, à la portée visuelle augmentée.

Proposant des atmosphères profondes, souvent étranges, mélangées à des rythmes hypnotiques, on peut, à l’écoute d’Organ Mood, se surprendre à imaginer des panoramas psychédéliques, ou se sentir piégé dans une scène de film. Cela était vrai sur les albums précédents du groupe. Ce l’est encore plus sur Indivisible.

L’album s’ouvre ainsi sur Verde brillante, une pièce qui s’inscrit dans la droite lignée de l’album précédent du groupe, en offrant une mélodie luxuriante qui s’articule sur un ostinato rythmique convoquant des sons de vieilles boîtes à rythmes. Les transformations qui affectent l’animal se font plus palpables sur le deuxième morceau, Pile oiseaux, face grecs, une pièce qui s’avance d’abord dans une douce langueur, avant d’introduire une grosse caisse sourde et une caisse claire snappy aux accents hip-hop.

Ce morceau donne ainsi le ton pour le reste de l’album. En effet, les mélodies chargées auxquelles Organ Mood nous avait habitués sont généralement plus légères, tandis que les sons de boîtes à rythmes vintage se font plus discrets, sauf peut-être sur Indivisible, version guerilla graft.

L’album trace ainsi, à partir du deuxième morceau, une lente montée d’intensité, les tempos se faisant de plus en plus rapides pour culminer avec Indivisible, version guerilla graft, un morceau que l’on presque croire issue d’une scène d’action. Ce climat de tension croissant trouve sa résolution dans Entremise, la pièce finale incroyablement épurée, qui déploie une mélodie toute simple, accompagné par quelques notes de basse et des effets sonores.

Ces transformations aux sons d’Organ Mood s’avèrent les bienvenues. Moins radical que Comme si nous étions déjà libres, Indivisible est peut-être un peu moins captivant. La douceur qui caractérise la plupart de ses pièces en fait toutefois un album qui s’imbrique un peu mieux dans le quotidien. Un album qu’on pourra écouter encore et encore afin de bénéficier de ses vertus apaisantes et des mélodies caressantes des synthétiseurs de Christophe Lamarche-Ledoux et de Mathieu Charbonneau.