Critiques

Oranssi Pazuzu

Live At Roadburn

  • 54 minutes
6

Oranssi Pazuzu, groupe au beau logo de corbeau et au nom étrange (Oranssi signifiant «orange» en finnois et Pazuzu étant le roi des démons du vent, dans la mythologie de l’ancienne Mésopotamie… rien de moins!) a sorti un album live le 4 octobre dernier. Et pourquoi donc?

Dans tous ces paysages sonores indéfinis, on remarque que ce n’est pas vraiment un format vers lequel le groupe devrait s’aventurer. On y décèle en outre les principaux codes du black métal, mais pour le psychédélique, on n’est pas trop certain. L’album ne constitue d’ailleurs pas une bonne introduction pour les gens qui ne se seraient pas initiés au groupe autrement.

Live At Roadburn est le résultat de la performance enregistrée au festival du même nom en 2017. À préciser que Roadburn est un festival néerlandais qui existe depuis 1999 et qui se veut une référence en matière de musique psychédélique et de stoner. Plusieurs autres prestations captées lors cet événement ont fait l’objet d’albums live, comme celles de Converge en 2017 ou de Godflesh en 2013. Les liens de Oranssi Pazuzu avec Roadburn semblent sont d’ailleurs plutôt tricotés serré; à la demande du festival, le groupe et Dark Buddha Rising ont joint leurs forces pour créer le Waste of Space Orchestra, tout premier spectacle concept créé spécialement «sur commande» pour la mouture 2018 du festival.

Mais revenons à nos moutons noirs; cet album présente du black métal psychédélique… Après avoir compris que cette juxtaposition est possible, on remarque aussi de fortes teintes de doom dans l’ensemble.

Havuluu est comme une masse informe d’où on discerne difficilement les instruments, une sorte de boule de confusion nerveuse où s’agitent les Scandinaves. On dirait Emperor, sans mélodie précise ou ligne directrice définie. 

On se demande vraiment où ils veulent en venir, n’en déplaise aux geeks confirmés aimant ce groupe et leurs ambiances pas claires… Peut-être que c’est ça le trip, justement. De s’enfoncer dans une sorte de boue mate, sans traits définis. On ne sait pas trop. 

Allant dans des atmosphères plutôt lascives, lentes et dans une dissonance où on entend quand même beaucoup la basse, les motifs sont très répétitifs, et le tout sonne un peu «cacanne». On se dit que tout ça doit avoir rapport avec le petit côté dit stoner du groupe, mais à mesure que les pièces avancent, ça ne change pas vraiment. Peut-être qu’on ne peut pas faire de miracles avec la prise de son en live, aussi.

Oranssi Pazuzu réussit malgré tout à sauver un peu la mise, grâce à quelques riffs de guitare ressortant occasionnellement au-dessus du niveau du sol, mais qui se recachent toutefois bien vite dans la vase mouvante. La très longue et inquiétante Vasemman Käden Hierarkia (près de 18 minutes) ne réussit par ailleurs pas à convaincre vraiment. C’est une musique qui rend aveugle, désorienté et confus.

L’album Värähtelijä, d’où proviennent plusieurs des chansons, était pourtant relativement facile à déchiffrer; on y distinguait un peu plus la direction du groupe. Mais ce Live At Roadburn est un album comme un vaste gouffre mal dessiné, un trou noir qui avale toute la lumière autour de lui. Dommage.

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