Critiques

Oneohtrix Point Never

Age Of

  • Warp Records
  • 2018
  • 46 minutes
8
Le meilleur de lca

Le compositeur/producteur états-unien Daniel Lopatin était de retour début juin avec Age Of, le huitième album studio de son projet Oneohtrix Point Never. Celui-ci fait suite à la trame sonore Good Time (2017), qui avait bifurqué vers le rock progressif et l’italodisco le temps d’un film, mais continue en fait dans le sillon esthétique de Garden of Delete (2015). On retrouve donc la virtuosité de Lopatin en ce qui a trait au montage et à l’utilisation d’une quantité indécente d’échantillons tricotés en forme de trame sonore pour rêve éveillé. On retrouve également un côté expérimental qui ponctue certaines pièces en interrompant brusquement une structure pour la faire passer à une autre. Les oreilles plus curieuses seront ravies alors que les plus conservatrices seront probablement désorientées par l’absence de fée clochette avertissant le changement de section.

La pièce-titre s’ouvre sur une mélodie au clavecin accompagné de chant classique, et une intention résolument baroque d’élever ça à un niveau épique avec l’orchestration réverbérée. Le montage en studio rappelle tout de même que ce n’est pas une composition d’époque. Babylon marque (déjà) une pause contemplative avec voix vocodée et trame d’origine adulte contemporaine. La première impression donne un frisson tellement la sonorité suscite un malaise existentiel, mais celui-ci finit par passer après quelques écoutes. Manifold prend place au piano, décoré d’échantillons de voix parlée et d’une mélodie synthétique dissonante. Ça s’interrompt comme une erreur de montage pour finir sur une séquence expérimentale. The Station revient au « mood » laissé par Babylon, mais avec une séquence de basse électrique tellement plus satisfaisante. L’effet de Vocoder croise celui de l’Autotune pour faire varier davantage la voix, la mélodie se densifie mélodiquement jusqu’à une finale à la guitare et synthèse dissonante. Superbe.

Toys 2 met en place une atmosphère de cirque mélancolique à partir d’une boîte à rythmes et une palette sonore particulièrement 80s, tellement en fait que je ne suis pas certain si c’est agréable à écouter. Les inspirations, le claquement de doigts, la ligne de basse descendante et la voix trafiquée de Black Snow révèlent enfin un peu plus de présence, d’une proximité qui accentue le niveau de sensibilité. Myriad.industries tombe dans l’expérimental en succédant les échantillons percussifs et séquences mélodiques au clavecin.

Warning se développe rythmiquement au clavier et aux échantillons vocaux, joués en itérations, avec chuchotements, cris et sons bruités placés comme des ponctuations. We’ll Take It reprend la structure percussive expérimentale, jouant sur la densité et la lourdeur du rythme, se drapant d’une trame mouvante qui se phase et se déphase en ruban ambiant. Same place à l’avant la dissonance en superposant des échantillons de voix et de synthétiseurs désaccordés.

La trame contemplative revient sur RayCats avec la guitare classique, les percussions et synthétiseurs dissonants. Still Stuff That Doesn’t Happen tourne sur une séquence vocale montée en boucle enveloppée d’une trame jazz ambiant. Last Known Image Of A Song reprend la forme descendante de Black Snow, répétée en boucle derrière une trame bruitée et une mélodie aux cordes. Ça coupe brusquement avec le synth techno de Trance 1, qui sonne comme une chute d’eau enchaînant une suite d’accord.

Age Of est impressionnant dès la première écoute. La richesse de la palette sonore mélange l’acoustique et l’électronique avec ingéniosité et s’inspire d’une quantité fascinante de genres musicaux. On ressent tout de même un éparpillement qui fait perdre de vue le thème relatif aux différents Âges supposément représentés à travers l’album. L’atmosphère new age le suggère légèrement, mais ça passe inaperçu à côté de toutes les combinaisons sonores et les surprises expérimentales à savourer.

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