Critiques

Neko Case

Hell-On

  • Anti- Records
  • 2018
  • 52 minutes
8
Le meilleur de lca

Pourquoi mentir ainsi, chère Neko Case?

Après une si longue absence en plus… Cinq ans sans vos nouvelles chantées, vos histoires personnelles et imagées, ces petites bulles de malaise où le rapport homme-femme, parent-enfant, Homme (avec un grand h) et Nature (avec un grand n) est ainsi déconstruit et remâché en des paroles si fluides.

Il est vrai, Mme Case, qu’il ne s’agit pas d’un grand mensonge de votre part. Mais tout de même : affirmer, en ouverture de votre nouvel album Hell-On, votre 6e opus perso, que :

My voice is not the liquid waves

The perfect rings ’round a heron’s legs

My voice is straight garrotting wire

A stolen mile of fingerprints

… est totalement faux.

On comprend bien que votre voix est le reflet de votre expérience et de votre vécu, mais nous, simples auditeurs, nous tendons l’oreille à vos 12 nouvelles compositions et nous concluons que le fil conducteur, eh bien, chère Mme Case, est justement votre voix, limpide, claire, qui s’élève au-dessus de tout et transcende, comme c’est également le cas sur vos ouvrages audio précédents.

Mais on ne vous en veut pas pour ce mensonge.

En tout cas, pas trop. Car, en fait, on devine que vous lancez cette phrase, ce « My voice is not the liquid waves », simplement pour diminuer les attentes de vos fans et des amateurs de country rock intelligent, qui ont eu vent, avant la sortie de cet attendu Hell-On, que votre nouvel œuvre était réalisé par Björn Yttling (de Peter Björn and John) et que des invités de marque s’y retrouvaient (littéralement, une douzaine!), notamment K.D. Lang et Laura Veirs (avec qui Neko a travaillé dans les dernières années), A.C. Newman (The New Pornographers, autre projet qui implique la présence de Neko Case) et les grands Mark Lanegan (Screaming Trees) et Robert Forster (The Go-Betweens). Oui, on comprend…

Alors, le résultat de tout ça, après plusieurs écoutes? Un super album. Un super retour pour la rouquine américaine. La voix de Neko est précise comme toujours – quoique moins puissante et poussée… ce qui n’est pas forcément un défaut ! Les collaborations font effet – la chanson Curse of the I-5 Corridor, chantée ici avec Mark Lanegan, deviendra un classique du répertoire de la chanteuse – et l’ambiance qui se dégage de Hell-On est cohérente et en phase avec la discographie de l’Américaine.

Et on n’a pas encore parlé des textes, criant d’actualité où le mouvement #metoo est bien présent et où la place de tout un chacun est en pleine mouvance.

We were warriors!

We clothed ourselves in the guts of our enemies

Who’d no respect for the wild

Warriors!

Winnie

 

I miss the smell of mystery (…) So I left home and faked my ID

I fucked every man that I wanted to be

I was so stupid then

Curse of the I-5 Corridor

Neko aborde aussi les thèmes de la perte (ironie, sa ferme et sa maison situées au Vermont ont littéralement flambé alors qu’elle enregistrait la chanson Bad Luck…), de la mort (celles de ses parents, avec qui elle entretenait une relation difficile, voire inexistante), de l’exploitation, de la recherche de reconnaissance et de l’extinction des espèces – et des rapports.

Un album dense donc. Musicalement comme textuellement. Certes, il y a un écart ou deux – alors que la hargne est bien sentie à bâbord comme à tribord, le milieu de l’opus manque de souffle, principalement les compositions Gumball Blue et Dirty Diamond –, mais dans l’ensemble, le retour de Neko Case est une réussite. Et la fin de ce Hell-On, avec la chanson Pitch or Honey avec ses changements de tempo, laisse présager une avancée vers des contrées électro-country. Une belle idée qui mérite une exploitation prochaine de la cavalière de la country americana.

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