Critiques

Navet Confit

Engagement, lutte, clan et respect

  • Lazy At Work
  • 2019
  • 35 minutes
7,5
Dans plusieurs entrevues, Navet Confit se décrit comme « l’éternel émergent » . Il est vrai que Jean-Philippe Fréchette – le nom civil de ce drôle de légume – n’est pas si connu malgré ses quinze ans de carrière, à aller là où on ne s’y attend pas. Pour ce faire, il a touché à plusieurs styles: du plus orchestral avec LP2² (2007), plus pop dans LP5 – Thérapie. Il s’est même payé le luxe de reprendre avec son « pas-de-voix » des reprises de chansons quétaines dans Minneapolis Normcore Karaoke Mixtape. De ce temps-ci, il transpose son univers absurde au théâtre avec la bande du Théâtre du Futur, en étant co-directeur artistique. Ça vaut la peine de camper le personnage avant de s’attaquer à la critique de son dernier disque, intitulé Engagement, lutte, clan et respect. Est-ce qu’il en vaut l’écoute ? Oui ! Si on accepte la proposition initiale de Navet, c’est dans la lignée directe à laquelle il nous a habitués. Cet album est imparfait parce qu’il est dans l’esprit de l’autoproduit musical. Navet a à peu près tout fait de chez lui et ça s’entend. Il y a un minimum d’esbroufe de studio et des instruments mal accordés qui ne sont pas joués avec virtuosité. On salue la présence de claviers plus proches du MIDI que n’importe quoi d’autre ! Ceci dit, ça crée des mélodies très accrocheuses : on ne peut s’empêcher de fredonner les chansons Un quiz ou La chaise.

Par contre, les textes absurdes collant à l’univers de Navet sont du grand art en son genre. Le premier extrait Tu as vraiment changé est très drôle avec son récit d’un voyage de préparation de spectacle à Berlin, mais rien ne vaut aussi le visionnement du vidéoclip pour comprendre le personnage. Avec des têtes de mascottes qui se prennent la main de façon guillerette et Yves Jacques qui fait des grimaces, la chanson à l’air un peu triste se transforme en quelque chose… d’absurde. Un autre trait d’humour se manifeste dans Un quiz, où il exprime son « rêve » d’être animateur de quiz « comme Pa-Pa-Patrice L’Écuyer » en relevant tous les clichés du genre. Merci monsieur le facteur semble très émouvante avec son air de guitare classique et son interprétation, mais ça cache un texte exagérément bancal : « Merci de me livrer mon courrier tous les jours de la semaine, même quand il pleut »…

Navet Confit, c’est du n’importe quoi, mais qui marche. C’est pour cette raison qu’on a encore besoin de « l’éternel émergent » dans notre paysage musical pour amener cette dose d’étrangeté et d’inattendu dans cet univers parfois sclérosé.

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