Mykalle
Requiems
- Rosemarie Records
- 2026
- 53 minutes
Le concept de requiem en musique remonte au Moyen-Âge et a donné naissance à certaines des œuvres les plus célèbres du répertoire, de celui de Mozart jusqu’au War Requiem de Benjamin Britten. Sur son deuxième album, l’artiste multidisciplinaire montréalaise Mykalle revisite cette tradition en combinant habilement les sonorités liturgiques et électroniques pour un résultat solennel et envoûtant.
Née Bielinski, Mykalle est arrivée à la chanson à la suite d’un parcours atypique. Diplômée de l’École supérieure de théâtre de l’UQAM en interprétation, elle s’est fait connaître par une trilogie de performances chantées dans lesquelles elle s’intéressait déjà au rituel du deuil en mélangeant les univers, puisant dans le livre tibétain des morts et le langage « exploréen » du dramaturge Claude Gauvreau.
Ce désir de combiner les univers était aussi présent sur son premier album, Da Pacem (2024), sur lequel elle chantait autant en anglais, en français qu’en latin en s’inspirant de la chanson sacrée, mais dans une optique contemporaine. Son travail des harmonies vocales évoquait les chants polyphoniques de la Renaissance, mais on pouvait aussi y sentir l’influence de Björk, notamment son album Medùlla (2004).
Avec Requiems, Mykalle a décidé de s’intéresser à différentes manières de chanter la mort en puisant dans diverses traditions. Ainsi, le disque s’ouvre sur une relecture du Lacrimosa du Requiem de Mozart, laissé inachevé à la mort du compositeur en 1791. Avec son interprétation douce et raffinée, la pièce donne le ton à l’ensemble grâce à cette voix céleste qui vient s’élever au-dessus des notes de synthés.
L’album contient trois autres réinterprétations, dont une de la mystique et poétesse du XIIe siècle Hildegard Von Bingen et une attribuée au patriarche de l’église orthodoxe géorgienne Élie II de Géorgie. La pièce centrale de Requiems, My Heart’s in the Highlands, est pour sa part empruntée à l’Estonien Arvo Pärt. Par son chant tout en retenue, Mykalle renforce le côté minimaliste de l’œuvre originale tout en exprimant un autre aspect de l’idée de perte, celle liée à la nostalgie d’un lieu.
Une des belles réussites de Requiems est la manière dont les propres compositions de Bielinski se glissent au travers de ces relectures. Sur Requiem I, elle chante l’introït de la messe des morts avec un accompagnement de type glitch hop, avec des textures fracturées. L’excellente Lauda se démarque aussi avec sa première partie de facture classique et une deuxième portée par une pulsation électronique. D’autres pièces sont davantage axées sur les jeux de voix, comme l’aérienne Alleluia II.
Il faut noter aussi l’empathie qui se dégage de cet album. Ayant entrepris une pratique d’intervenante en soins spirituels à l’hôpital, on devine que Mykalle s’est enrichie au fil de ce parcours, et ça se ressent dans son approche pudique de la mort. Dans un texte en français, elle adresse des mots réconfortants à une personne qu’on imagine être en fin de vie :
Le temps n’existe pas
On peut l’arrêter toi et moi
Un instant qui ne passe pas
Qu’on peut presque toucher du bout des doigts
– Denise
Enregistré dans des lieux comme l’Abbaye de Noirlac en France et la Chapelle Notre-Dame-du-Bon-Secours à Montréal, Requiems baigne dans un écho qui donne encore plus de résonance à la musique. La réalisation signée Blaise Borboën-Léonard (Lydia Képinski) est discrète et laisse toute la place à la voix et au chant.
Sans jouir du même effet de surprise que Da Pacem, ce deuxième album de Mykalle impressionne par son côté grandiose. Le ton somptueux confère néanmoins un vernis très lisse à l’interprétation, et le résultat peut se révéler froid par moments. Mais ça n’enlève rien à la beauté de l’œuvre dont la spiritualité (peu importe notre confession) apporte quelque chose de réconfortant dans notre époque trouble.