Critiques

Mirabelle

Late Bloomer

  • Simone Records
  • 2020
  • 41 minutes
8
Le meilleur de lca

Si Mirabelle est le projet anglophone de Laurence Hélie, on aurait tort de penser que Mirabelle est du Laurence Hélie en anglais. En effet, les sept ans qui se sont écoulés depuis la sortie de son dernier album ont permis à l’artiste beauceronne d’opérer une grande transformation. Elle nous revient ainsi en grande, en ce printemps de pandémie, avec Late Bloomer, un premier album en anglais qu’elle signe sous le pseudonyme de Mirabelle.

Ce grand changement est évident dès les premières notes de Late Bloomer, alors qu’un synthétiseur sautillant introduit la voix magnifique de Laurence Hélie. Exit le folk country auquel la chanteuse nous avait habitués. L’album propose plutôt une pop intime et chaleureuse, empreinte d’une sensualité et de sonorités qui rappellent les années 1990.

L’album est le résultat de deux ans de travail en compagnie de Warren Spicer, chanteur-guitariste de Plants and Animals, réalisateur pour Ludovic Alarie, Émilie Kahn, Chocolat, Katie Moore et j’en passe. Il signe ici la coréalisation, en plus de s’adonner à la basse, à la guitare, au piano, aux synthétiseurs…

Late Bloomer met ainsi de l’avant des rythmes de batteries simples et répétitifs, appuyé par des basses rondes et groovy. Des arrangements de synthétiseurs et autres claviers précisément ciselés viennent parfois marquer le rythme, mais s’élève plus souvent en volutes fumeuses qui appuient la voix de Laurence Hélie de sonorités électros acérées ou remplissent l’espace vacant de timbres de cordes moelleux. Les arrangements sont parfaitement dosés. Ils laissent tout l’espace nécessaire à la chanteuse pour développer des mélodies à la fois riches et accrocheuses.

On reconnaît à l’occasion le jeu de Christophe Lamarche-Ledoux (Organ Mood, Chocolat, Feu Doux). Sa contribution donne lieu à plusieurs des plus beaux arrangements de l’album. C’est notamment le cas sur One in a Million où on reconnaît ses arpèges de synthétiseur carillonnant, sur Rose White et Magic Spell, pièces ponctuées par des thèmes de clavier organ moodien, ou encore sur Daddy et ses notes stridentes qui descendent en cascades froides et inquiétantes.

La guitare est également bien présente, mais elle reste au second plan, se contentant souvent de marquer le rythme. Betty, la seconde pièce de l’album, échappe cependant à la règle, un riff grungy venant soutenir le refrain vaporeux – un des moments forts de l’album.

Même au niveau vocal, on est ailleurs avec Mirabelle. Certes, la voix de Laurence Hélie conserve la même fragilité, le même timbre aérien qui casse de si belle façon sur certaines syllabes. Mais la langue anglaise et les rythmes souvent inspirés de la musique alternative des années 1990 amènent ses mélodies ailleurs.

Cela ne veut pas dire que les références folks disparaissent complètement, mais disons qu’on a moins envie de comparer la chanteuse à Marie-Pierre Arthur ou Isabelle Boulay qu’à Feist, ou, lorsque la guitare prend plus d’espace, comme c’est le cas sur Teenage Dream, à une Elizabeth Powell (Land of Talk) qui se laisserait tenter par la douceur. Certains morceaux plus dramatiques, comme Cheated et Don’t Forget to Breathe, me rappellent même l’album Open de Cowboy Junkies.

Se plonger dans Late Bloomer, c’est se plonger dans une version renouvelée de la musique de Laurence Hélie. L’expérience reste tout aussi belle, tout aussi riche, sinon plus encore. Une éclosion tardive, donc, plus vive encore, chez une chanteuse qu’on savait déjà fort douée. Cela vient à point, en ce printemps de confinement.

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