Critiques

Megan Thee Stallion

Traumazine

  • 1501 Records / 300 Entertainment
  • 2022
  • 51 minutes
6

La reine du trap Megan Thee Stallion nous revient avec son troisième album, outre les nombreux EP et multitudes de collaborations sorties ces dernières années. Comme son plus récent album Good News paru en 2020 et ayant donné naissance à de petits bijoux tels Intercourse avec Popcaan et Freaky Girls avec SZA, Traumazine est un album de collaborations. Pour moi, Thee Stallion brille dans son unicité, mais  lorsqu’elle est encore plus accompagnée.

La signature qu’on pourrait qualifier de « vulgaire » de la rappeuse a été un temps libératrice, mais on aimerait entendre une autre histoire. Le trio sexe, argent et « girl power », ça commence à être du déjà vu. Avec Traumazine, on a cependant l’impression d’une rencontre plus intime avec l’artiste. Elle y mentionne notamment son refus d’être trop humble face à ses grandes réussites dans la troisième pièce de l’opus Not Nice.

De plus, à travers le morceau Anxiety, on accède à la vulnérabilité de la rappeuse et ça fait du bien : « Y’all don’t even know how I fell, I don’t even know how I deal. » Elle y parle notamment de la perte de sa mère, celle qui l’a introduit à l’univers du hip-hop étant elle-même une rappeuse connue sous le nom Holly-Wood.

Ce qui est clair c’est que les origines texanes de Megan Thee Stallion auront contribué à cristalliser son style à travers une langue qui est tout sauf de bois. Sa musique est un cri de ralliement pour les femmes et un appel à ne pas plier devant l’adversité, la masculinité ainsi que la compétition féroce. Mentionnons également que la rappeuse a obtenu son diplôme en administration médicale de la Texas Southern University en décembre 2021. Un pied de nez à ceux et celles qui la voient comme une simple bête de foire triviale.

L’héritage de Megan Thee Stallion dont l’arbre généalogique musical serait constitué de Salt-N-Pepa, Lil Kim et Missy Elliott est bien là. On ne peut qu’admirer son immense talent brut pour le rap, son attitude complètement rentre-dedans et l’exactitude de son débit dont on ne manque jamais une parole.

La prod est un sans-faute : des beats dans la simplicité et l’efficacité qui viennent parfaitement appuyer le flow de la rappeuse. On peut penser à la pièce Gift & Curse dont la prod est assurée par le Canadien Murda Beatz (ayant collaboré avec Travis Scott, Drake, French Montana, J Balvin pour n’en nommer que quelques-uns) qui a comme mélodie un demi-ton, littéralement. Et ça marche.

La star de la trap n’hésite pas à faire appel à de grandes voix pop et R&B comme elle l’avait fait avec Beyonce avec la pièce Savage Remix sur son album Good News. Le morceau Sweetest Pie, collaboration avec son homologue version pop la reine britannique Dua Lipa, a l’étoffe de devenir un succès bien sucré sans toutefois casser la baraque. « I might just give you a bit of the sweetest pie ». Mention spéciale à Consistency qui met parfaitement en valeur la douceur vocale de Jhene Aiko, un mélange particulièrement agréable à l’oreille avec le débit cassant de Megan Thee Stallion.

La rappeuse, fidèle à elle-même, nous offre un album de qualité qui ne réinvente pas la roue et qui tourne autour de la trap. La prod aux accents afrobeat sur certaines pièces de son répertoire ou encore son talent pour le R&B avec des artistes comme Lucky Daye prouve que la rappeuse devrait plus souvent élargir son cadre trap pour aller goûter à d’autres styles.