Critiques

Mark Lanegan

Straight Songs of Sorrow

  • Heavenly Recordings
  • 2020
  • 60 minutes
8
Le meilleur de lca

« Death is my dude »

Ballad of a Dying Rover

Depuis la parution de Blues Funeral (2012), le ténébreux Mark Lanegan s’est intensément investi à transformer son folk-blues poussiéreux en une sorte d’électro-rock aux accents gothiques. Phantom Radio (2014), Gargoyle (2017) et Somebody’s Knocking (2019) sont tous des albums caractérisés par une approche sonore plus synthétique.

Malgré ce changement de cap, l’énigmatique chanteur n’a jamais remisé ses idées noires au rancart, bien au contraire. Tout au long de son existence, l’artiste fut aux prises avec de nombreuses dépendances (toxicomanie, alcoolisme, dépendance affective, etc.).

La semaine dernière, Lanegan nous présentait son 12e album studio en carrière judicieusement intitulé Straight Songs of Sorrow. Le disque est simultanément lancé avec la parution de ses mémoires autobiographiques : Sing Backwards and Weep; un livre qui raconte l’éprouvant parcours de l’artiste au cours de ces années 90 marquées par une consommation excessive de drogues dures, particulièrement chez les musiciens résidents de la côte ouest-américaine. Bien sûr, l’album est indissociable du livre.

Entièrement composé et écrit par Lanegan lui-même, avec l’aide de son complice habituel, l’incontournable Alain Johannes, Straight Songs of Sorrow est l’œuvre la plus personnelle de l’artiste.

Pour bien catalyser ce constant spleen qui l’habite, Lanegan a fait appel à une multitude d’amis et collaborateurs : Greg Dulli, Warren Ellis des Bad Seeds (violon dans At Zero Below), le légendaire John Paul Jones (mellotron dans Ballad of a Dying Rover), Adrian Utley (Portishead), Mark Morton (Lamb of God) ainsi que Shelley Brien (l’épouse de Lanegan qui l’accompagne de vive voix dans This Game of Love).

Musicalement, le duo Johannes/Lanegan alterne entre des sonorités fortement inspirées par la new wave des années 80 et le folk bluesy des débuts; un survol de tout ce que l’artiste a exploré au cours de ses 35 années de carrière. Bien en avant-plan et reconnaissable entre toutes, la voix de baryton du chanteur produit toujours cette sensation de langueur menaçante. La réalisation variée et subtile de Johannes bonifie grandement les chansons du vétéran qui seraient assurément rudimentaires sans l’apport considérable de son comparse.

Mais ce qui démarque ce disque dans la foisonnante discographie de l’Américain, ce sont les textes intimistes de l’auteur. Lanegan nous escorte dans sa tête de créateur, son cœur d’amoureux et son âme de tourmenté chronique afin de bien nous faire ressentir ce que ça signifie d’être dans la peau d’un ex-polytoxicomane. Même si certains pourraient y déceler un apitoiement d’une lourdeur abyssale, il y a un peu de lumière dans le monde de Lanegan. La conclusive Eden Lost and Found est un cri d’espoir pour une vie meilleure :

« Daylight is comin’ (Daylight is comin’)
Daylight’s callin’ me
Ain’t got much of nothin’
Except grace by degrees
Yeah, I’m so glad to be free (I’m so glad to be free) »

Eden Lost and Found

Sans contredit, la pièce de résistance de ce magnifique album est Ballad of Dying Rover. Construite sur une suite d’accords répétitifs, et un lent crescendo qui culmine avec le mellotron de John Paul Jones et les claviers orchestraux de Johannes, cette chanson se hisse dans une position enviable parmi les meilleures du répertoire de Lanegan.

Straight Songs of Sorrow désencrasse l’état de mélancolie permanent qui a toujours habité l’artiste. L’homme reconnaît les erreurs du passé, répare ce qui était brisé et s’affranchit de ses démons. On ne peut qu’être ému devant autant de courage et d’honnêteté.

Voilà un disque qui pourrait inspirer ceux qui ont perdu foi en ce monde, certes en pause, mais aussi en profonde mutation. Et pour réussir cette transition vers ce « Nouveau Monde » à venir, il faudra peut-être faire comme Lanegan

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