Critiques

Lykke Li

so sad so sexy

  • RCA Records
  • 2018
  • 35 minutes
6

Après quatre ans d’absence, le chanteuse suédoise Lykke Li revient avec son quatrième album so sad so sexy (toutes les minuscules sont volontaires), sur lequel elle assume pleinement son virage électro-pop. Mais si cet emballage sucré apporte une autre dimension à sa musique pleine de spleen et de mélancolie, il tend aussi à atténuer le propos, masquant cette vulnérabilité qu’on aimait tant…

Même s’il est loin d’avoir fait l’unanimité, j’avais bien apprécié le précédent I Never Learn, y voyant une suite plutôt réussie au magnifique Wounded Rhymes, paru en 2011, malgré une proposition certes plus propre et plus lisse. J’ai toujours aimé le côté vaguement rétro de Lykke Li, avec ces enchaînements d’accords qu’on croirait sortis d’une chanson des Ronettes et des arrangements somptueux à la Phil Spector. Certes, la musicienne a évolué vers une musique de plus en plus lustrée, mais so sad so sexy marque un virage encore plus prononcé dans cette direction.

Il ne faut pas s’étonner d’un tel changement de cap. En effet, la vie de la chanteuse de 32 ans a beaucoup changé depuis la sortie d’I Never Learn. Elle a perdu sa mère, a eu son premier enfant et a signé avec l’étiquette RCA, filiale de Sony. Elle avait aussi décrit ses trois premiers albums comme formant une trilogie (même si on en cherche encore le fil conducteur), si bien que la sortie de ce quatrième album apparaît comme un nouveau départ pour Lykke Li, qui a parlé d’une « renaissance ».

Le contraste est frappant dès le premier titre, hard rain, dont la facture R&B et la rythmique bondissante évoquent des comparaisons avec l’univers de Lana Del Rey, The Weeknd ou Lorde. Mais Lykke Li évite une pop trop générique avec une rupture de tempo à mi-parcours, où sa voix alterne avec celle de l’ex-Vampire Weekend Rostam Batmanglij dans une sorte de tango futuriste. D’autres collaborateurs de l’album incluent Skrillex et T-Minus. deep end tombe un peu plus dans les clichés, avec sa pulsation nerveuse et un son saturé d’effets qui détonne avec le texte sombre sur un amour allé trop loin : « I wasn’t gonna love you/Now I’m so fucking deep ». Dans le genre, on préférera sex money feelings die, dont l’introduction inventive et le chant habilement saccadé de Lykke Li arrivent à racheter des paroles convenues dans le genre : « Drink up, drink up/I’m so fucked up/All I want is you ».

Sur two nights, chantée en duo avec le rappeur Aminé, l’artiste suédoise s’aventure en territoire hip hop pour la première fois de sa carrière, avec un résultat correct, sans plus. Là encore, Lykke Li se morfond sur l’absence de l’être cher (« Two nights in a row, where’d you go/I’ve been smoking/Two nights in a row, now I know/That it’s broken »), avec cette voix un peu nasillarde qui peut parfois agacer.

Mais Lykke Li ne renie pas toute trace de son passé et les morceaux les plus réussis sont ceux où elle arrive à marier son talent pour chanter la tristesse et la vulnérabilité de son personnage et son nouveau penchant pour une pop fédératrice. À ce chapitre, la pièce-titre s’impose comme une sorte de relecture de son fameux Sadness is a Blessing (de l’album Wounded Rhymes), apprêtée à la sauce R&B. La chanson last piece s’inscrit elle aussi dans cet univers, de même qu’utopia, sur laquelle elle se fait un peu plus optimiste, avec plus de retenue dans les arrangements…

Il n’y a rien de mal à ce qu’une artiste décide de s’affranchir de son étiquette indie pour embrasser une pop plus commerciale. Dans le cas de Lykke Li, le pari se révèle à moitié réussi seulement, parce qu’il se traduit par une musique plus superficielle qui altère son intensité émotionnelle, pour un résultat forcément inégal.

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