Critiques

Lungbutter

Honey

  • Constellation Records
  • 2019
  • 33 minutes
7,5

Pour être honnête, je vois de moins en moins à quoi ça sert d’écrire des critiques d’albums. Pourquoi s’évertuer à trouver des moments ici et là entre les obligations professionnelles, sociales et familiales et enfiler des mots et des phrases expliquant pourquoi tel ou tel album vaut la peine d’être écouté (ou pas, dans de rares cas) pour un lectorat qui a ses propres goûts et qui peut très bien écouter sans avoir à lire? Une note et un lien hypertexte suffiraient, au fond. Et je pourrais utiliser le temps économisé pour, je sais pas moi, prendre un instrument et faire un peu de bruit moi-même.

Pourquoi s’évertuer? Ben, parce que ce n’est pas si simple. Je n’ai pas le talent ni la volonté pour faire de la musique au sujet de laquelle quelqu’un voudrait écrire. Alors je m’en remets à la place à la recherche perpétuelle de groupes par lesquels vivre par procuration, jusqu’à ce qu’apparaisse un album noise-rock comme Honey, unique, abstrait et assuré, sans compromis, créé par un groupe comme le trio montréalais Lungbutter, et je suis de nouveau tiraillé entre en parler dans le vase clos où vous me lisez et prendre un instrument pour jouer de la musique maintenant. C’est mon petit cercle vicieux et ennuyeux à moi.

Honey n’a pas l’air d’un album qui est surgi à partir de rien, sur un coup de tête. Lungbutter s’affaire depuis des années, joue dans des espaces DIY à Montréal et ailleurs en Amérique du Nord et cultive son approche particulière. La cassette Extractor, lancée à l’été 2014, démontrait déjà le style et la méthode du trio: une guitariste (Kaity Zozula) à la technique simple mais bourrée d’idées qui utilise plusieurs amplis à la fois pour pratiquement s’accompagner elle-même, une joueuse de batterie (Joni Sadler) qui frappe fort et en communion avec sa partenaire à cordes, et une chanteuse/réciteuse (Ky Brooks) qui crache sa symbolique nébuleuse comme si c’était la vérité la plus directe et la plus importante qui soit.

Même si le groupe œuvre dans un style qui ne remplira pas les stades, il a fait de l’effet à quelques personnes qui peuvent faire bouger les choses, plus précisément la bande des disques Constellation. Arrive donc enfin ce premier album après plusieurs années d’existence en tant que groupe. Ce n’est pas une réinvention ni un nouveau départ, mais plutôt l’occasion de présenter l’essence du groupe dans un format un peu plus long et plus soigneusement enregistré. Honey comprend d’ailleurs une nouvelle version de Vile, une pièce qui était aussi sur Extractor cinq ans auparavant. 

Je ne rêvais pas d’un bon album situé stylistiquement quelque part entre Melvins et The Raincoats, pas même quand j’ai entendu The Need il y a presque 20 ans, mais je suis ravi qu’il se matérialise enfin. C’est le genre d’album dont je trouve qu’il faudrait parler plus. C’est le genre d’album qui donne le goût d’arrêter de perdre son temps à être autre chose que créatif.

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