Critiques

Little Simz

GREY Area

  • Age 101 Music
  • 2019
  • 35 minutes
8
Le meilleur de lca

C’est après un peu plus de deux ans d’attente que Little Simz nous offrait son troisième album en mars dernier. En 2016, elle nous présentait Stillness in Wonderland, un projet introspectif et conceptuel qui accompagnait la rappeuse britannique dans une quête de sens et d’échappement. En 2019, on retrouve une Little Simz plus sûre d’elle-même, changée par ses expériences et prête à externaliser ses démons intérieurs.  

Contrairement à la voie qu’elle emprunte normalement, Simz confie l’entièreté de la production de GREY Area à un seul réalisateur, le Londonien Inflo, un ami d’enfance que la rappeuse introduit à la scène hip-hop grâce à ce projet. La production tantôt brute et puissante, tantôt mélodique et envoûtante fait office de véhicule parfait pour le discours sans retenue de Simz. GREY Area laisse l’artiste exprimer sa douleur au travers de son art, et ce avec une confiance qui n’était pas là, à l’époque de Stillness in Wonderland. Elle crie ceci à la clôture de Offence, premier morceau de l’album :

“I SAID IT WITH MY CHEST AND I DON’T CARE WHO I OFFEND, UH-HUH!

Offence

Offence et Boss, c’est le côté cru et déchirant de l’album, une ouverture brutale qui est rapidement contrastée à la troisième chanson de l’opus, Selfish, par sa tangente introspective que l’on reconnaît des projets précédents de Simz. C’est sans doute ce penchant vers le questionnement intérieur qui a poussé l’artiste à vouloir obtenir des réponses au travers de la psychothérapie; elle nous en parle sur Therapy, une plainte pénible émise suite au goût amer que ses consultations lui ont laissé en bouche. Peut-être qu’aucun psy n’était à la hauteur de la tâche de s’attaquer au cas de Little Simz, dont le trouble intérieur se fait ressentir sur la fracassante Venom. Fruit de cette cohésion musicale entre la rappeuse et son producteur, le morceau s’ouvre sur des violons stridents qui se subissent comme un poison montant les veines avant d’exploser dans un délire démoniaque; une explosion dont se sert la parolière pour s’ouvrir sur ses sentiments les plus interdits. Exagération ? Jugez-en par vous-même.

L’album n’est toutefois pas qu’intensité et rage, et le côté plus intime de la rappeuse se fait ressentir à plein effet dans 101 FM et Pressure; celui-ci nous fait valser sur la voix angélique et réverbérée à souhait de Yukimi Nagano du groupe suédois Little Dragon. Cette lancée se prolonge sur Sherbet Sunset et Flowers, une finalité soul et délicate marquant le retour du producteur principal de son précédent opus, Astronote1, ainsi que du talentueux vocaliste Michael Kiwanuka. Tel un instant de répit où l’on peut s’arrêter pour relativiser le tout, Flowers nous berce dans son atmosphère envoûtante et nous permet de relâcher toute l’intensité accumulée au long du projet.

Ce poignant effort saura réjouir les fans du style sans concessions de Little Simz et les fans du conscious rap en général. Malgré une production moins peaufinée que celle que l’on retrouvait sur Stillness in Wonderland, GREY Area compense amplement avec une énergie jusqu’à présent inégalée par l’artiste. Plus mature et confiante que jamais, Simz nous partage habilement ses moments difficiles tout en surfant sur les vibrations sonores d’Inflo, telle la pro qu’elle sait qu’elle est devenue. Aujourd’hui, elle nous livre un album qui, en refusant de sacrifier la véracité des émotions transmises, sera parfait pour accompagner les passages difficiles de chacun de ses auditeurs.

1Astronote est responsable de plusieurs moments forts de l’opus précédent de Little Simz tel Doorway + Trust Issues, Picture Perfect et No More Wonderland, que je conseille d’écouter l’une à la suite de l’autre pour découvrir la profondeur musicale des productions de son deuxième album.

1 commentaire

  1. Steve Naud, le 2019-07-27 à 23:01

    Une sacrée gifle que ce disque. Excellent!

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