Critiques

liars

Liars

The Apple Drop

  • Mute Records
  • 2021
  • 43 minutes
8
Le meilleur de lca

Le projet mené par Angus Andrew carbure à l’imprévisibilité. En 2012, avec WIXIW, Liars nous proposait un virage électro aussi aventureux qu’accessible qui évoquait, par moments, le Radiohead de Kid A et Amnesiac. Avec Mess (2014) — album qui porte bien son titre —, Andrew et ses acolytes poursuivaient dans une veine électro assez désordonnée. En 2017, le batteur Julian Gross, mais surtout le principal collaborateur d’Andrew, Aaron Hemphill, quittait le navire. C’est dans ces circonstances instables qu’ont été lancés TFCF (2017) et Titles With the Word Fountain (2018).

Les habitués de la formation originaire de Brooklyn ne s’étonnent jamais de ces turbulences créatives. Andrew explore constamment de nouvelles méthodes de création, et ce, à chacune des productions : « Là où jadis j’ai perçu ce voyage comme une ligne droite, je réalise de plus en plus que ma trajectoire ressemble à une spirale. Au fur et à mesure que les idées sont générées, les plus anciennes prennent un nouveau sens et évoluent davantage ».

Pour le 10e album studio de Liars, Andrew modifie de nouveau son modus operandi. Enregistré en Australie, The Apple Drop voit le meneur se tourner pour la première fois de sa carrière vers une intervention créative extérieure à sa bulle habituelle. Le batteur de jazz d’avant-garde Laurence Pike, le multi-instrumentiste Cameron Deyell ainsi que son épouse, la parolière Mary Pearson Andrew, se joignent à lui.

Ce long format se détache de la vaste majorité des parutions de Liars par son raffinement et sa cohérence. The Apple Drop se positionne à la frontière du rock, de l’expérimentation et de la musique électronique. Andrew et ses invités ont tout d’abord enregistré les chansons de manière traditionnelle en studio. Ensuite, le « boss » s’est engouffré dans son studio maison pour enrichir ces pièces de bidouillages électroniques et de synthétiseurs.

L’équilibre entre le rock et les sédiments synthétiques est tout simplement parfait ! Et Liars demeure toujours aussi étrange et menaçant. Andrew nous escorte vers une subtile désorientation qui nous fait perdre certains de nos repères auditifs. Toutefois, la formation a eu la lucidité de nous proposer de véritables chansons bien structurées qui, contre toute attente, accentue l’urgence, l’intensité et l’étrangeté de la proposition.

Dans l’excellente Sekwar, Andrew pose un éclairage intéressant sur sa propension au contrôle, lui qui, semble-t-il, se sentait quelque peu largué dans le processus de création de l’album… :

« They told me I’m a juiced worn out sad sack

I can’t figure out what I’m trying to do here

Except stand around and be a dick »

– Sekwar

Quelques morceaux se démarquent même si The Apple Drop se savoure du début à la fin sans interruption aucune. The Start donne magnifiquement le ton avec son atmosphère à la fois brumeuse et narcotique. Quelque chose de paranoïaque teinte From What the Never Was. La grosse basse aux allures post-punk dans Big Appetite n’a d’égal que la performance vocale d’Andrew inspirée de Michael Gira (Swans). Et l’ambiance est particulièrement tendue dans la grandiose Star Search.

En remettant en partie les brides de la création à ses invités et collaborateurs, Angus Andrew réussit à raviver sa propre créativité et à clarifier ses idées. Sans ambages, Liars nous présente l’un de ses meilleurs albums en carrière. Un retour en force qu’on n’attendait plus.

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