Critiques

Pauline Julien

La renarde, sur les traces de Pauline Julien

  • Spectra Musique
  • 2019
  • 54 minutes
7,5

Cet album est né du spectacle du même nom qui a été présenté lors des dernières Francos de Montréal et qui par la suite a pris la route en région. Cet hommage à Pauline Julien, qui revisite ses succès et ses écrits, plonge dans l’univers de cette militante forte, aux idées révolutionnaires, qui a tenu haut le drapeau du féminisme et de la souveraineté. Cette femme de tête qui a refusé son sort alors qu’elle perdait son autonomie et que son compagnon l’avait déserté quelques années plus tôt s’est donné la mort à 70 ans. Parce que Pauline Julien dans la vie comme la mort a voulu faire les choses à sa façon.

Son répertoire n’est pas le plus aisé à revisiter puisqu’il est empreint de ce qui se faisait à une autre époque en chanson. Reprendre ces chansons aujourd’hui peut s’avérer périlleux. On se rappelle Héritage qui a vieilli les chansons de Félix Leclerc un peu plus qu’elles ne l’étaient déjà. Pour La renarde, c’est 14 femmes de toutes générations et toutes origines qui se lancent dans ces chansons mises ensemble par Ines Talbi. Sans dénaturer les pièces, les interprètes se sont permises de réinventer les trames pour les dépoussiérer.

Parfois, ce n’est pas nécessaire d’en faire beaucoup pour arriver à ses fins. Fanny Bloom qui reprend La Manic frappe dans le mile avec sa fragilité et l’authenticité du sentiment amoureux qui coule de ses lèvres. Après tout, le texte de Georges d’Or est d’une beauté indéniable et comme Pauline Julien avant elle, elle l’a adopté pour le faire sien. L’étranger pour sa part plonge dans les bruits des synthétiseurs saturés et donne un solide coup de jeune à la pièce. Le tout chanté par Queen Ka, Erika Angell (Thus Owls) et Ines Talbi. Un texte qui n’a pas pris une ride :

On me regarde en souriant

Ou on se méfie

On change de trottoir quand on me voit

On éloigne les enfants

Je suis rarement invitée à leur table

Il semble que j’aie des mœurs étranges

L’âme aussi noire que le charbon

Je viens sûrement du bout du monde

Je suis l’étrangère

On est toujours l’étranger de quelqu’un

– L’étranger

Parmi les interprètes qui participent au projet, on retrouve Klô Pelgag qui chante la magnifique Urgence d’amour, une complainte de l’amoureuse partie en voyage et qui revient brûlant d’un désir ardent. Sophie Cadieux et Queen Ka rappliquent sur une pièce d’électro-pop avec quelques influences disco sur Est-ce ainsi que les hommes vivent. On est plus dans l’univers de LCD Soundsystem que celui des cabarets de Paris en 1960. Frannie Holder prête sa voix à une sombre interprétation d’Au milieu de ma vie alors qu’Erika Angell plonge dans Suzanne.

Le parcours distinct de chacune de ces femmes d’origines diverses, d’expériences différentes : entre France Castel et Amélie Mandeville, il y a quand même une marge, vient appuyer l’œuvre de Pauline Julien. Parce que le féminisme, ce n’est pas l’histoire d’une femme, mais bien de toutes les femmes. C’est cette idée d’injecter plus d’amour dans nos vies. Parce que si on aime son prochain, on devrait le traiter en égal. C’est surprenant que dans une société où le crucifix règne encore au Salon bleu, ce soit difficile d’accepter l’autre comme étant de sa propre famille. C’est pourtant le point de départ de la religion catholique. Les choix d’Ines Talbi pour ce projet sont aussi intelligents que judicieux. Et c’est une belle façon de plonger dans l’œuvre de l’une des femmes les plus importantes de l’histoire du Québec.

Je suis l’énergie qui s’empile

D’Ungava à Manicouagan

Je suis Québec mort ou vivant

Je suis Québec morte ou vivante

– Le plus beau voyage

 

 

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