Critiques

Klô Pelgag

Notre-Dame-des-Sept-Douleurs

  • Secret City Records
  • 2020
  • 42 minutes
9
Le meilleur de lca

Il y a trois ans, Klô Pelgag nous présentait l’album l’Étoile thoracique qui a confirmé sa place parmi les grandes autrices-compositrices-interprètes québécoises. Depuis, les tournées se sont enchaînées, les invitations sur les plateaux de tournage, les perfos en Europe au point où elle s’est arrêtée à un moment donné complètement essoufflé. C’est à tout le moins ce qu’elle nous explique dans la vidéo pour expliquer la genèse de cet album.

Nommé d’après un village sur une île dans le Bas-Saint-Laurent près de Trois-Pistoles, l’album plonge dans un moment sombre qui est ici imagé par la vision d’horreur que Pelgag se faisait de cette municipalité lorsqu’elle était enfant. Si Notre-Dame-des-Sept-Douleurs plonge sans filet dans des situations délicates, ce n’est pas pour autant un album noir ou sombre. C’est même l’album le plus « pop » de Klô Pelgag. Les formats sont généralement accessibles sans abandonner les fioritures et changements de cap qui ont toujours charmé.

Un bel exemple de ce côté pop, Umami, avec sa trame entraînante, c’est « oh wah ouh » (NDLR c’est approximatif pour le son, mais vous comprendrez de quoi je parle) et sa mélodie qui frappe fort. Puis, la pièce descend dans un environnement sonore glauque qui mène à J’aurai les cheveux longs, une balade somme toute sobre, mais magnifique. Encore une fois, la mélodie est efficace et les paroles sont crues.

Ça fait un an et 2 jours qu’on ne se parle plus
Mais je t’attends, je t’attends
Ça fait un an et 2 jours que je pense à ça
Si tu meurs avant moi
Si je meurs avant toi, pleureras-tu?
Si je meurs avant toi
Et si on se parlait avant, avant
Et si on s’écoutait vraiment, vraiment

J’aurai les cheveux longs

Ceux qui suivent la carrière de Klô Pelgag se souviennent de la tête rasée à la suite de la fin de tournée de L’alchimie des montres. Est-ce le point de départ? Dans tous les cas, l’image des cheveux qui poussent abondamment pour traduire le temps fonctionne très bien.

Dans les esthétiques sonores, Klô Pelgag se permet d’aller en périphérie de ce qu’on a entendu précédemment. À l’ombre des Cyprès offre de beaux moments percussifs syncopés pendant que sa mélodie et les cordes coulent. C’est un bien beau contraste. De plus, la mélodie du refrain risque de vous rester en tête longtemps. Au grand dam de vos voisins au moment de la douche quotidienne.

Dans le même ordre d’idée, Mélamine avec son électro-rock plein de distorsion et de synthétiseurs nous rappelle beaucoup l’univers sonore de Violett Pi. Ça se poursuit avec Où vas-tu quand tu dors? qui montre comment on peut bien faire des répétitions de syllabes dans de la chanson pop sans tomber dans les clichés du genre. Le côté théâtral de Klô Pelgag est mis de l’avant dans ces deux chansons tout comme une bonne dose de rock.

Klô Pelgag nous offre aussi sur Notre-Dame-des-Sept-Douleurs une très belle chanson : Für Élise. Cette chanson qui traite de la calomnie ou de la manière qu’une histoire peut nous pourrir la vie est simple, sobre, mais efficace à souhait. Encore une fois, Klô Pelgag frappe avec un texte à la fois poétique et qui porte un regard lucide et perçant sur une situation qu’on a tous connue à différents niveaux. Dans son interprétation la plus poussée, il est difficile de ne pas y voir les mauvaises langues qui ont la fâcheuse tendance à médire des victimes d’abus sexuels pour saper leur crédibilité.

Klô Pelgag nous présente encore une fois une œuvre pertinente et audacieuse. Elle est tout simplement une autrice-compositrice-interprète douée qui travaille vraiment fort. Si un passage sombre a donné Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, ce n’est quand même pas tout négatif. Mais on préfère tout de même la voir souriante et en santé.

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