Critiques

Kandle

Holy Smoke

  • Sleepless Records
  • 2018
  • 42 minutes
8
Le meilleur de lca

Il aura finalement fallu quatre ans pour que la Montréalaise d’adoption Kandle nous revienne avec une suite à son premier album In Flames, fort bien reçu par la critique à l’époque. Sur Holy Smoke, elle poursuit son exploration des déceptions amoureuses et des nuits d’excès, sur fond de musiques aux accents soul, gospel et folk-rock enfumé, mais avec une plus grande maturité dans le ton et les sujets abordés.

Non, le ciel ne s’est pas vraiment éclairci pour Kandle depuis la sortie de son premier disque, même qu’elle explore ici des thèmes encore plus lourds, avec un titre comme Nobody Wants You Now qui aborde de front l’enjeu des violences contre les femmes, tandis que Little Girl relate le récit d’une enfant victime d’abus sexuel, avec un texte cru à faire glacer le sang :

« Over and over and over again

Can’t feel my mouth

Can’t feel my hands

Quiet, little girl, I’m just a man

And I’ll get my thrills wherever I can ».

– Little Girl

Certes, l’album demeure dominé par les chansons tristes à la Broken Boys, extrait lancé en août dernier avec un clip dans lequel Kandle tentait de donner la réplique à une poupée gonflable. Les titres les plus réussis sont cependant ceux où la chanteuse délaisse les ballades larmoyantes pour faire montre d’une plus grande assurance dans la voix. On la sent même habitée par un sentiment d’urgence, un peu à l’image de la protagoniste de la chanson In Your Shadow, où une femme décide de s’affranchir de son homme pour se réaliser pleinement en tant que personne à part entière : « How can I stand tall in your shadow? In this battle, there are no heroes ».

Les musiques se veulent aussi plus abouties, témoignant d’une totale immersion dans les influences blues, folk et rock qui ont bercé l’enfance de Kandle Osborne, fille de Neil Osborne, de la formation canadienne 54-40. Un des plus beaux exemples en est sans doute Child of Fate, qui ouvre l’album de brillante façon avec son soul langoureux, un peu à la façon Nina Simone, avant que de lourds accords de guitare ne viennent ponctuer les chœurs féminins. Ces mêmes accords puissants reviennent d’ailleurs à quelques reprises sur Holy Smoke, comme une sorte d’étrange leitmotiv qui crée un riche contraste avec la voix suave et délicate de Kandle.

De façon générale, les tempos sont plus lents que sur le précédent In Flames, ce qui peut malheureusement engendrer une certaine redondance. On note par contre une utilisation judicieuse des rythmes ternaires qui viennent accentuer le côté « soul triste » de plusieurs titres. Le country-rock de When My Body Breaks lui réussit bien lui aussi, avec la voix grave de Peter Dreimanis (July Talk) en extra.

Il y a quatre ans, j’avais interviewé Kandle pour Camuz en abordant avec elle ce côté tourmenté si indissociable de sa musique. Elle m’avait répondu : « Parfois, je deviens vraiment sombre et émotionnelle, au point où à une certaine époque, je ne savais pas vraiment comment composer avec ça. Je pouvais me mettre en colère, briser des trucs, aller boire, prendre de la drogue et toutes ces choses stupides que les adolescents font, jusqu’à ce que je découvre la musique comme exutoire. » Je ne sais pas si la référence est intentionnelle, mais avec des titres d’albums comme In Flames et Holy Smoke, on peut dire que le thème du feu lui va plutôt bien…

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