Critiques

Jamila Woods

LEGACY! LEGACY!

  • Jagjaguwar Records
  • 2019
  • 49 minutes
8
Le meilleur de lca

Suite à sa remarquable entrée en scène avec HEAVN, son premier album sorti en 2017, Jamila Woods revient en force et on se doit de la prendre plus qu’au sérieux avec LEGACY! LEGACY!. Au-delà de son métier de chanteuse, Jamila Woods est également enseignante et activiste, deux éléments de sa vie qui transcendent dans cette nouvelle réalisation puisqu’elle semble autant vouloir revendiquer qu’éduquer, ajoutant énormément de profondeur sans perdre l’auditeur dans une lourdeur incommensurable.

Comme le mentionne le titre, c’est au travers de plusieurs icônes artistiques qui ont façonné sa vie qu’elle perpétue l’héritage, non seulement musicale, mais également socio-politico-historique de ces êtres en les faisant vivre à travers l’album. Faire ressentir leur présence au travers de ses textes est une chose, mais la magie est également opérée et ressentie via des éléments propres à certains d’entre eux dans la composition musicale faisant de l’opus une riche encyclopédie poétique.

LEGACY! LEGACY!, c’est non seulement un livre ouvert sur les émotions de l’artiste, mais c’est également un médium qui met de l’avant la volonté et l’acharnement de ces icônes qui ont pris la place qui leur revenait en défiant les moeurs qui leur ont depuis trop longtemps mis des bâtons dans les roues. Parmi eux se retrouvent entre autres Frida Kahlo, Eartha Kitt. Miles Davis et Muddy Waters.

La force de cet album réside d’abord et avant tout dans les différents tons et procédés stylistiques employés par Woods. Ouvrant sur la chanson Betty, ode à la chanteuse Betty Davis, elle désire mettre de l’avant la place des femmes dans la société. Le fait qu’elle laisse peu de place au silence dans cette chanson semble formuler un désir de se faire écouter sans se faire interrompre, arborant au passage un ton ferme. Et lorsqu’elle s’arrête, c’est pour mieux laisser planer ses paroles, comme pour créer une antithèse avec la volonté de s’affirmer et de se faire prendre à la légère. C’est dans Betty qu’elle prend soin de dire qu’elle est différente et qu’elle n’est pas du genre à plier l’échine devant qui que ce soit.

Ce qui ressort le plus dans la chanson Zora, pour Zora Neale Hurston, c’est la répétition de “You will never know everything, everything I will never know everything, everything“ dans le refrain. En se penchant sur cette récurrence, on voit que Jamila Woods s’est depuis toujours créée une carapace face aux jugements, en plus de formuler son indifférence face à ceux qui ont tenté de la classifier ou de la rabaisser en se basant sur les fondements de l’ignorance.

La sonorité empreinte de plusieurs styles, passant notamment par le R&B, la pop et le rap, permet de faire vivre les textes sans concevoir de barrières stylistiques. Cette grande liberté lui permet également de personnifier ces figures, de parler des artistes ou encore de projeter leurs influences autant que de se laisser aller dans ses élans personnels.

Somme toute, LEGACY! LEGACY! est un album qui, par son heureux mariage entre le fond et la forme, se doit d’être écouté avec beaucoup d’attention. Bien qu’elles sont différentes dans leur composition et dans le message qu’elles véhiculent, les chansons forment les morceaux d’une entité bien définie qu’on pourrait difficilement apprécier en l’écoutant à moitié. Dégageant une invitante énergie, Jamila Woods permet à l’auditeur de se plonger tête première dans son univers. Univers que l’on désirera certainement connaître davantage dans le futur.

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