Critiques

Hilary Woods

Birthmarks

  • Sacred Bones Records
  • 2020
  • 32 minutes
7,5

Une puissance mystique ancestrale, traduite pour nos oreilles contemporaines. Voilà comment je décrirais l’épopée musicale de Birthmarks, nouvel album d’Hilary Woods. Entre Dublin et Oslo, enceinte, la chanteuse irlandaise enregistre ce projet hypnotique. Elle ne raconte pas son expérience personnelle, mais s’en inspire pour raconter les mystères qui se cachent derrière chaque grande transformation individuelle ou universelle. Un écosystème sonore détaillé, et brutal par moments, qui fascine.

Dès l’ouverture, Tongues of Wild Boar, on saisit l’intérêt de Woods pour une narration cinématographique. Les cordes des violons produisent de longues notes délicates alors que la basse électronique rythme avec lourdeur dans cette première scène. Dans la pénombre d’une forêt, une femme marche avec assurance. Elle chante, recherche l’aide de la flore et de la faune, d’esprits cachés, elle cherche quelque chose. Elle passe devant l’Orange Tree, entre ses branches éthérées et vaporeuses. On entend une guitare. Les notes trébuchantes rappellent le blues et accélèrent le rythme. La pénombre est devenue obscurité sans qu’on s’en rende compte. Par chance, la voix de Woods, aidée d’une harpe, d’un clavecin et, toujours, de violons perce le brouillard synthétique de Through the Dark, Love. Bercée ou oppressée, la chanteuse poursuit son chemin et nous aussi, l’envoûtement fait son œuvre.

L’intimité qui se dégage des pièces de l’Irlandaise rappelle la musique folk éthérée, enchevêtrée dans les mailles de filtres électroniques, que tisse Grouper. Sa plume poétique n’a pas son pareil pour nous immerger à l’intérieur d’ambiances méticuleusement ténébreuses. Elle n’a rien à envier à Nick Cave ou Timber Timbre.

Lorsque Mud and Stones débute, il est évident qu’un point de non-retour est atteint. L’omniprésence des couches de friture sonore agencées à la voix caverneuse de Woods façonne un environnement presque suffocant. Un réseau de cavernes foré par les notes d’un saxophone fébrile, relayé par une séquence rythmique nerveuse. On avance à l’aveugle dans les entrailles de la Terre, en suivant des incantations récitées dans une langue possiblement morte. La pleine mesure de l’obscurité si particulière de la musique de Woods se révèle dans The Mouth. Encore une basse fracassante, imposante, qui semble prête à engloutir tout. Heureusement qu’une brèche dans la distorsion nous aide à respirer, et nous mène à la conclusion de cette aventure, la minimaliste There Is No Moon. Un répit après ce rituel exigeant.

Entre récits anciens et expérimentations numériques actuelles, Birthmarks ensorcelle comme les runes d’un dolmen gaélique. Hilary Woods imagine huit pièces; des trames musicales pour une mise au monde mystique. Une cérémonie folk dont les moments asphyxiants sont contrebalancés avec justesse par des orchestrations empreintes d’une légèreté contemplative.

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