Critiques

Green Day

Father of All Motherfuckers

  • Reprise Records
  • 2020
  • 26 minutes
3

Avant la sortie du 13e album studio de Green Day, j’ai lu une longue entrevue du NME menée auprès de Billie, Mike et Tré, tes trois mononcles cool préférés. Ma curiosité a été piquée un peu quand j’ai entendu le chanteur vanter ce nouvel effort comme un disque de rock sans prétention, de rock dans sa plus pure définition. Venant d’un groupe qui a passé le plus clair des 20 dernières années à se compliquer la vie en montant des opéras punk rock conceptuels et orchestraux, ça aurait été un vent de fraîcheur, pour vrai.

Je me suis donc claqué ce nouvel opus en étant ouvert et en souhaitant être surpris.

Une demi-heure plus tard, j’avais le goût de lancer mon téléphone dans une poubelle de la rue Ontario. Je n’arrête pas de nier que le rock est mort quand je suis pogné pour avoir cette discussion niaiseuse avec quelqu’un, mais s’il fallait se fier à Green Day pour tâter le pouls du style, mettons que le cadavre serait à un stade avancé de putréfaction.

Selon Billie, donc, un disque de rock pur, en 2020, en est un qui recycle les riffs les plus quétaines des 40 dernières années pour les mêler à l’ADN déjà vieillissant des hits de groupes comme les Strokes, les White Stripes, Queens of the Stone Age ou les Black Keys, le tout dans une production hyperléchée et faussement nonchalante. Une réécriture complète et avouée de Dookie aurait été plus satisfaisante que cette bouillie rock à numéro. Au sein de cette catastrophe concise, une seule chanson nous rappelle l’énergie du Green Day des débuts (Sugar Youth).

Étant donné que le contact avec le reste de l’album est aussi agréable que celui que l’on peut avoir avec un gars chaud qui te raconte sa vie à deux pouces de la face en fumant une cigarette, je ne m’attarderai pas trop dessus.

Disons simplement que la chanson titre, qui ouvre l’album, est une version «pub de iPhone» édulcorée des White Stripes, que Oh Yeah! repique des éléments de la pièce Do You Wanna Touch Me (Oh Yeah) du célèbre pédophile Gary Glitter (je vous épargne le gros malaise) et de My Sharona de The Knack. Le groupe prend clairement son public pour une bande d’ignares avec des références aussi marquées. Remarque qu’American Idiot contenait lui aussi son lot de repiquage de classiques, mais c’était quand même fait avec plus de subtilité. Là, c’est juste du mauvais goût.

Semble-t-il que le trio californien a eu beaucoup de plaisir à enregistrer ce disque-là. Moi, je vois cette affirmation-là comme un désir de ne plus être Green Day, tout simplement.

Le plagi-hommage continue de plus belle avec Meet Me on the Roof et ses handclaps et ses harmonies vocales hautes perchées. Encore une chanson qui pourrait facilement jouer avant les bandes-annonces de film au cinéma pour annoncer un forfait de Telus (ou une autre affaire ultra corpo du genre). Pensez aux chansons rock les plus génériques que vous avez entendues dans votre vie et vous n’êtes pas loin de la vérité.

I Was a Teenage Teenager nous rappelle un autre band fini des années 1990 : Weezer. Ça tombe bien vu que les deux groupes partent en tournée ensemble cet été. Plus loin, tu peux chanter Boulevard of Broken Dreams par-dessus Junkies on High si ça te tente.

Bon, je vais arrêter ça là parce que ça va rapidement se mettre à tourner en rond. La plus grande qualité du disque, finalement, c’est que 26 minutes, ça passe assez vite. Même si ça finit avec une vraie aberration rappelant à la fois I Fought The Law des Clash et n’importe quelle toune de Huey Lewis and The News. En 2020, sur la planète mainstream, les rockeurs font du recyclage pis les caquistes écoutent du Rage Against the Machine.

J’ai mal au cœur. Pis j’ai mal à mon rock aussi.

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