Critiques

Girl Band

The Talkies

  • Rough Trade
  • 2019
  • 46 minutes
9
Le meilleur de lca

Après un premier album porté aux nues par la critique, titré Holding Hands with Jamie (2015), la formation noise-rock expérimentale Girl Band avait à l’époque entamé une tournée assez exigeante… qui a eu raison de l’état mental de son chanteur Dara Kiely. Fin des émissions pour les Irlandais puisque Kiely a dû prendre soin de lui pendant quelques années. On n’attendait plus grand-chose de la part de ce bruyant quatuor.

À notre grande surprise, Girl Band est de retour aujourd’hui même avec un premier album en quatre ans : The Talkies. Enregistré en novembre 2018 dans une immense maison située en périphérie de Dublin, l’album fut conçu à partir de démos enregistrés séparément par chacun des membres du groupe. C’est Daniel Fox (bassiste et réalisateur) qui a assemblé les différents enregistrements pour en faire des chansons en bonne et due forme.

Par la suite, les gars se sont rassemblés dans cette maison labyrinthique pour enregistrer tous ensemble. Et ce lieu a fortement inspiré Girl Band à brouiller les pistes.

The Talkies est une création malsaine et inharmonieuse qui évoque autant le post-punk, la no-wave que le free-jazz. Les guitares sont ravageuses et complètement désorientées, les rythmes sont martelés par une batterie martiale inspirée par la musique industrielle (Shoulderblades et Prefab Castle, entre autres) et Kiely s’époumone comme si sa vie en dépendait. Par moments, l’aboyeur en chef respire dans le microphone comme s’il était en proie à des crises de panique. En plus de s’être donné le défi d’éviter d’utiliser les pronoms dans ses textes, Kiely injecte dans ceux-ci une bonne dose d’humour absurde :

« Called the teacher Mammy

Gave birth to a fax machine »

Couch Combover

Pour être honnête, The Talkies pourrait rendre complètement fou le mélomane plus consensuel. Il s’agit d’une œuvre qui incarne de façon magistrale, musicalement et littérairement, la période trouble vécue par Kiely en plus d’être la trame sonore de cette époque schizophrénique et narcissique dans laquelle nous vivons. Un disque qui symbolise ce que devrait être le rock dans tout ce qu’il a de pertinent et innovant. Ce genre musical est bel et bien mort d’un point de vue commercial, mais ce grand disque fait la preuve par mille qu’il est encore en vie, artistiquement parlant.

En plus de révéler des couches sonores insoupçonnées, chacune des écoutes de ce disque est unique puisque les perceptions et les a priori sont constamment mis au défi. On ne sort pas indemne d’une écoute attentive de cet album.

Les fans de rock expérimental à la Liars, Suuns, Swans, Daughters et Scott Walker seront « aux anges »… ou en enfer, selon leurs préférences.

The Talkies est une création parfaitement en phase avec son époque.

L’album apocalyptique de l’année.

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