Critiques

Engineers

Always Returning

  • Kscope Records
  • 2014
  • 41 minutes
7

Engineers_-_Always_ReturningAu fil des années, Ulrich Schnauss aura réussi à acquérir le statut d’icône incontournable de la musique électronique contemporaine grâce à son impressionnante faculté à maîtriser ses atmosphères tout en ne sacrifiant jamais l’aspect harmonique de ses œuvres. Son habileté à contrôler majestueusement ses synthétiseurs et autres machines (analogiques ou digitales) lui aura permis de forger sa propre signature musicale; privilège quasi-royal dans le domaine de la musique électronique où peu d’élus peuvent fièrement défier l’autorité des figures mythiques s’attroupant bien souvent chez Warp Records (voir Richard D. James, Mark Van Hoen, les deux comparses de Boards Of Canada, Mike Sandison, Marcus Eoin, etc.). Bien que l’arme de prédilection d’Ulrich Schnauss soit, selon ses propres dires, un Oberheim OB-8, celui-ci n’a jamais caché son amour pour le shoegaze d’inspiration rock. En fait, Schnauss fera très rapidement son coming out en cette matière en remixant avec brio Crazy For You de Slowdive et Love Forever de Chapterhouse (il participera même à leur réunion en 2008/2009).

Bien que les sitedemo.cauctions de Schnauss soient traditionnellement bien campées dans le style électronique, celui-ci décide en 2010 de s’associer à Mark Peters et son projet shoegaze Engineers. Le premier résultat de cette collaboration, qui prendra la forme de l’album In Praise Of More, s’avérera fort convaincant. Les deux acolytes répéteront d’ailleurs leur expérience collaborative en 2013 en proposant cette fois un album purement électronique sous l’identité d’Ulrich Schnauss & Mark Peters (voir Tomorrow Is Another Day). En 2014, Schnauss et Peters reviennent à la charge avec une autre proposition, sous l’identité d’Engineers cette fois, avec l’album Always Returning.

Disons le bien simplement: dans sa sitedemo.cauction, Always Returning est d’une précision chirurgicale. Dès le premier titre, Bless The Painter, on reconnaît immédiatement l’apport mélodique de Schnauss grâce à une superbe ligne de synthétiseur qui se dégage subtilement de l’ambiance vaporeuse générale du titre. On a tout de suite l’impression d’être propulsé dans un film de John Carpenter ou d’Andreï Tarkovsky où un protagoniste fictif lutte pour sa survie sur une planète hostile. Cette sensation s’installe confortablement sur Drive Your Car et Smoke And Mirrors où, encore une fois, la ligne de synthétiseur nous donne carrément le sentiment d’être en fuite de cette même planète hostile à l’aide d’un vaisseau muni d’un système d’hyper-propulsion. Analogie spatiale mise à part, Always Returning atteint son apogée sur Smiling Back. Sur cette pièce, Peters ose même faire un clin d’œil à Elliott Smith en proposant une petite harmonie de guitare très simple, mais d’une efficacité redoutable.

Paradoxalement, Always Returning est si bien exécuté que cela s’avère être l’une de ses plus grandes faiblesses. Lorsque l’on maîtrise à la perfection une formule, on espère de l’audace! Malheureusement, Schnauss et Peters ne s’éloignent jamais de leur zone de confort sur cette récente proposition. Ceci dit, pour les amateurs de science-fiction et de space opera qui écoutent fréquemment les trames sonores de Clint Mansell ou de Motoi Sakuraba en lisant Isaac Asimov (ne regardez surtout pas en ma direction), procurez-vous immédiatement Always Returning. Par contre, si vous préférez votre shoegaze plus sale ou bruyant, vous resterez peut-être sur votre faim. Cependant, n’oubliez jamais que la meilleure façon de vous forger une opinion sur un album est de l’écouter attentivement. Il y a de bons vieux principes universels qui ne se démoderont jamais.

Ma note: 7/10

Engineers
Always Returning
Kscope
41 minutes

www.kscopemusic.com/engineers/

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=kqEqsd6IT2I[/youtube]