Critiques

Eminem

Music To Be Murdered By

  • Shady/Aftermath
  • 2020
  • 65 minutes
4,5

Encore une fois, Marshall Matters III nous fait le coup de l’album-surprise. Comme il l’a fait pour Kamikaze en 2018. Cette fois-ci, par contre, la surprise a davantage des airs de pétard mouillé. À ce stade-ci, on peut prévoir quatre choses sans se tromper en écoutant un nouvel album d’Eminem :

  1. Il va passer beaucoup de temps à entretenir des conflits avec d’autres rappeurs et des critiques.
  2. Il va trouver un sujet controversé qui va faire réagir les gens le plus possible.
  3. Il va échantillonner un méga succès planétaire pour créer une chanson qui va elle aussi devenir très populaire.
  4. Il va rapper très très vite, toujours plus vite.

Épluchons donc ces éléments un par un :

La première chanson, qui commence par un cri de terreur féminin suivi du son d’un cadavre qui s’écrase dans une tombe et de celui d’une pelle qui enterre le crime, ne met que 56 secondes pour prouver mon point et l’ex-blond toujours fâché compare les réactions des critiques envers ses derniers albums aux réactions initiales envers BAD de LL Cool J, qui est évidemment un classique du hip-hop. Le rappeur continue d’attaquer la scène mumble rap même si la musique qui l’accompagne ici est très trap. Sacré troll, va. Son chialage revient tout au long de l’album, bien sûr.

Sur la deuxième pièce, Em a la bonne mauvaise idée de faire une blague sur les bombes qui ont explosé à un spectacle d’Ariana Grande à Manchester en 2017. L’album est sorti depuis une semaine et demie et le rappeur s’est déjà attiré les foudres du maire de Manchester et du chanteur des Courteeners, Liam Fray. Gageons qu’il est très content.

Un peu plus loin, Darkness est clairement la chanson qui ressort comme le succès de l’album, et surprise, elle échantillonne The Sound of Silence de Simon & Garfunkel. Ce qui est le plus étonnant par contre, c’est qu’elle est très touchante et que son message dénonce la violence causée par les armes à feu. C’est un peu bizarre venant d’un gars qui utilise sans arrêt des bruits de fusils dans ses chansons et qui a déjà été arrêté pour port d’arme illégale (aux States, ça veut dire un fusil excessivement gros). Mais bon, y’a juste les fous qui ne changent pas d’idée, hein?

Sur la pièce Godzilla, qui est un duo avec le regretté Juice WRLD, Eminem rappe vite. Tellement vite en fait, qu’il a battu le record du monde qu’il avait lui-même établi avec Rap God en 2013. Le record de 11,3 syllabes par seconde fait en sorte que lui et Juice WRLD seront homologués dans le Livre des Records Guinness dès cette année. Un bel hommage pour le gamin décédé.

Voilà pour mes quatre points.

Pour le reste, on retrouve un imbuvable refrain de Ed Sheeran dans Those Kinda Nights, une autre collaboration peu inspirée avec Skylar Grey (alias la fille qui fait juste des refrains sur les albums de Marshall, genre) nommée Leaving Heaven et une pièce extrêmement maladroite sur la violence envers les enfants (Stepdad) et j’en passe beaucoup. C’est beaucoup trop long. Heureusement qu’Alfred Hitchcock vient nous divertir dans les interludes. C’est à lui que le titre de l’album et la pochette rendent hommage, by the way.

Eminem est dans une phase très étrange de sa carrière. Même s’il sort des albums moyens, il en vend des millions. Même s’il n’a plus rien à dire et qu’il ne fait que reformuler les mêmes sujets, ses fans le suivent aveuglément. Il n’est plus en mesure d’évaluer la qualité de son travail depuis longtemps. Reste que c’est un rappeur qui aura toujours un talent phénoménal. Même si le propos commence à faire un brin mononcle, pis que Dr Dre (qui s’occupe ici de la musique) est sur le gros pilote automatique.

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