Critiques

Eels

Earth to Dora

  • PIAS
  • 2020
  • 43 minutes
6,5

Mark Oliver Everett, alias E, a toujours souffert de comparatifs déloyaux avec le vénéré Beck Hansen. Un nombre substantiel de journalistes musicaux, nord-américains particulièrement, ont souvent considéré le travail de Eels comme étant du sous-Beck. Et pourtant… Il s’agit de visualiser les notes qu’ont obtenues les albums de Eels sur Pitchfork pour se rendre compte de la mauvaise foi flagrante de certains d’entre eux.

L’utilisation abondante d’échantillonnages et le timbre de voix de l’homme, aujourd’hui âgé de 57 ans, peuvent en effet être confondus avec la démarche de Beck, époque Odelay entre autres, mais là s’arrête la comparaison. Everett préfère nettement plus le confort de l’accablement à l’extase de la musique festive. L’artiste spleenétique est quand même le géniteur de trois excellents disques : le célébré Beautiful Freak (1996), l’émouvant Electro-Shock Blues (1998) et le double album Blinking Lights and Other Revelations (2005).

En 2018, Eels proposait The Deconstruction; une création lumineuse… autant que faire se peut pour ce créateur chansonnier. Pour souligner la fête de l’Halloween, Everett nous présentait une autre randonnée dans les dédales d’une pop mélancolique dont lui seul a le secret. Enregistré au studio du groupe situé à Los Feliz en Californie et réalisé par E lui-même, voilà Earth to Dora; une production qui réactualise la recette habituelle du vétéran.

Sans que ce soit transcendant, Earth to Dora est à l’image de ce clown, peint de manière naïve, qui arbore un sourire triste sur la pochette de l’album : c’est un disque réconfortant. Chez Everett, c’est toujours l’intention qui compte, même si les résultats ne sont pas toujours ceux escomptés : « Ces chansons sont survenues juste avant que la pandémie frappe et change tout. J’espère qu’elles peuvent être apaisantes pour ceux qui les écoutent. Elles traitent de choses auxquelles nous rêvons tous de revenir ».

S’appuyant sur un optimisme lucide, les plus récentes compositions de Eels mettent en relief la volonté de l’auteur-compositeur d’effacer pendant un certain temps les soucis du quotidien. Encore une fois, certaines fines bouches reprocheront à Everett la simplicité de ses comptines et l’utilisation récurrente de certains instruments (xylophone, cordes somptueuses, etc.), mais il y a une sincérité désarmante qui se dégage de ce Earth to Dora. Pour une énième fois.

Envers et contre tous, Earth to Dora arrive au bon moment, du moins pour les inconditionnels de Eels. I Got Hurt, Baby Let’s Make It Real, OK et la magnifique Of Unsent Letters sont du Everett pur jus; des chansons candides, émouvantes et sincères. Et Are We Alright Again ? est un bijou de chanson pop.

On dit d’un auteur-compositeur-interprète qui possède une signature unique qu’il écrit constamment la même chanson. C’est bel et bien le cas pour Everett et ça plaira une nouvelle fois aux fans de Eels.

Que demander de plus ?