Critiques

Earl Sweatshirt

SICK!

  • Tan Cressida / Warner Bros. Records
  • 2022
  • 24 minutes
7,5

Earl Sweatshirt est de retour avec SICK!, son quatrième album en carrière qui arrive environ trois ans après Some Rap Songs. Depuis, le Californien est devenu père, il a changé de maison de disque en quittant Columbia Records pour signer chez Warner à travers Tan Cressida, sa propre maison de disque. C’est donc avec un surplus de liberté qu’Earl Sweatshirt s’aventure dans cet album largement influencé par la pandémie des deux dernières années.

SICK! est la suite logique de Some Rap Songs et continue dans l’avenue plus expérimentale au niveau sonore, tout en conservant la plume agile et intelligente d’Earl Sweatshirt. On n’y retrouve pas la puissance des mots de I Don’t Like Shit, I Don’t Go Outside, mais là où le rap est moins chirurgical, on retrouve des aventures auditives intéressantes et en dehors des grands courants actuels. Plus ça va et plus Earl Sweatshirt confirme ce qui se dessinait à l’horizon : il sera pour le reste de sa carrière un rappeur qui évoluera en dehors des sphères plus populaires du style musical. Par contre, pour les amoureux du genre, il est un inventif et audacieux rappeur qui satisfait la soif de nouveauté.

Sur Vision, Sweatshirt fait un pot-pourri de questions qui ont occupé les esprits pendant les deux dernières années, du chômage qui a atteint de nouveaux sommets aux vaccins qu’il ne tient visiblement pas à cœur en passant par la quantité de personnes qui sont mortes. On retrouve sur celle-ci Zeelooperz qui collabore avec un bon morceau de texte. Ce n’est pas la seule collaboration puisqu’Armand Hammer joint aussi Earl Sweatshirt sur Tabula Rasa. La pièce qui alterne entre paroles légères évoquant les soirées de sorties tout comme l’héritage d’activisme de la mère de Sweatshirt qu’elle lui a légué. Le jeu entre la thématique superficielle et les questions importantes crée un jeu intéressant qui est livré sur une trame qui mélange sonorité nostalgique et échantillons typiquement Kanye West.

La chanson-titre de l’album est peut-être celle qui attaque la pandémie avec l’angle le plus direct alors qu’il fait référence à l’impossibilité de sortir et le fait d’être coincé à l’intérieur. Ce qui est ironique, étant donné son album I Don’t Like Shit, I Don’t Go Outside qui peignait plutôt l’image d’un ermite de ville, ici, l’impossibilité semble affecter Sweatshirt. Ce changement de paradigme est aussi une belle preuve de l’évolution du rappeur au cours des 10 dernières années. Courte, mais punchée, God Laughs livre de solides lignes et démontre encore à quel point le rappeur est habile avec les mots.

My grandfather spoke thirteen languages
Somehow never had nothing to say to Boot Raymond
Sensed hazel, made sense of it through prayer
Booze is a fool’s fragrance

God Laughs

Earl Sweatshirt livre un SICK! qui s’inscrit naturellement dans la suite logique des derniers albums. Son évolution semble se faire de manière organique, sans grands coups, mais comme une rivière qui cherche son lit à travers les roches. SICK! est construit sur un patron punk avec 24 minutes. C’est un peu court. On en demanderait plus. Ce n’est pas non plus le matériel le plus accessible du rappeur californien, mais c’est encore une fois de la grande qualité.