Critiques

Dub Trio

The Shape of Dub to Come

  • New Damage Records
  • 2019
  • 46 minutes
7,5

Dub Trio sort de son hibernation avec The Shape of Dub to Come, son cinquième album studio, lancé le 26 avril dernier. Le groupe est de retour après un hiatus de quatre ans, pendant lequel il a accompli divers projets de tournées, et a notamment accompagné Lady Gaga (!).

De prime abord, si on ne connaît pas le groupe, le nom semble assez banal pour résumer la puissance de ce son! L’album ouvre avec World of Inconvenience, simple bien choisi où King Buzzo des Melvins ajoute sa voix grandiose à l’ensemble déjà très solide. Si cette pièce est un peu longue (près de six minutes), son tempo lent, la structure accrocheuse et la basse qui serpente réussissent à convaincre. Autre collaboration intéressante: Fought the Line. Après un riff d’ouverture mélancolique et superbe, on entend Troy Sanders de Mastodon. Quelle voix!

With skin thats made of porcelain
You’ve fallen in the right hands
Caught yourself right before you landed
And I think nothing that is stronger than

– Fought the Line

Toutefois, sur The Shape of Dub to Come, on devine moyennement l’influence du dub (pour les néophytes, il s’agit d’un genre musical issu du reggae jamaïcain, où le remixage est à l’honneur). Le son est vraiment plus dans le sludge et le stoner. On saisit toutefois quelques bribes dans Forget My Name Dub (avec la chanteuse soul Meshell Ndegeocello), ou encore dans Computery, où il y a de nombreux échantillons. On sait par contre que Stu Brooks (le bassiste et cofondateur) a été beaucoup influencé par ce style… Pour mieux comprendre, il faut remonter aux premiers albums. 

L’album est presque entièrement instrumental, et sur les morceaux qui bougent plus, il aurait peut-être été intéressant d’entendre un chanteur. Mais sur les pièces plutôt atmosphériques, les nombreuses textures donnent une dimension «tactile» aux chansons, remplaçant la voix. On dirait des chansons en relief, palpables comme de vieilles écritures tracées dans une grotte obscure, où on prend un malin plaisir à déchiffrer ce langage codé, transmis comme du braille par un groupe non pas aveugle, mais «muet».

On est transporté par ces chansons ambiantes, où le son est pur comme un ruisseau clair, comme dans Sati ou Life Signs. Dans la très émotionnelle Needles, un magnifique riff post-rock/shoegaze nous amène vers les étoiles… Dub Trio est une supernova sur laquelle on voyage lentement, dans un espace aéré et brillant. Un véhicule improbable, où les quelques éléments de légèreté s’harmonisent bien avec la lourdeur continue. On ne peut que s’accrocher à cette comète musicale.

Avec The Shape of Dub to Come, on réalise aussi que le minimalisme a très bon goût! Ici, on peut entendre le contraire de ce que beaucoup de groupes font, soit s’enterrer les uns les autres et saturer l’espace sonore jusqu’à une claustrophobie complète. La notion d’espace est considérée avec un grand respect par Dub Trio; aucun instrument n’empiète sur l’autre. Le choix d’avoir une seule guitare semble délibéré, afin de laisser plus de place pour la basse, ce qui est judicieux.

À noter aussi: la superbe Spyder, dont l’intro fait penser à Aerials de System of a Down et à certaines pièces de From Mars to Sirius de Gojira. Bad Comrade évoque également un lointain Deftones

Un voyage intersidéral où la lourdeur nous ramène à l’ordre.

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