Critiques

Donzelle

Presse-jus

  • Indépendant
  • 2018
  • 34 minutes
6,5

Donzelle lance son deuxième album près de 10 ans après Parle parle, jase jase. Son rap est toujours aussi cru : le sexe et le franc parlé tiennent une place de choix dans la proposition. Musicalement, on est encore un peu dans les talles marginales qui avaient la cote au milieu des années 2000, dans les beaux jours de Numéro et Omnikron. Une époque un peu révolue, mais Donzelle fait des efforts de modernisation. Les deux dernières années n’ont pas été de tout repos non plus pour Roxanne Arsenault : elle est devenue mère, a entamé un doctorat et est devenue programmatrice dans un centre d’art. Ça remplit une vie quand même.

Presse-jus est un album qui coule plutôt bien avec un entrain qui se maintient à travers les dix titres. La monotonie n’a pas de places dans l’œuvre de Roxanne Arsenault qui se tourne vers de l’électro-pop qui fait parfois penser à Fever Ray, du vieux Random Recipe et parfois la vague de compositeurs de musique électronique néo-futuriste. De plus, des femmes qui prennent le micro en rap québécois, il n’y en a pas des tonnes. De voir une longévité telle que la sienne, c’est rassurant.

Mais parlons musique. D’un côté, il y a des chansons comme Cooler qui attaque avec une grosse basse et des rythmes de trap sur laquelle Donzelle joue la carte de l’aguicheuse à fond la caisse. C’est caricatural, mais comme l’ensemble du projet, ça glisse tout naturellement dans l’ensemble. Multitask est un autre bon moment de Presse-jus sur laquelle s’ajoute la voix de la l’américaine Miss Eaves qui nous parle de toute sorte de sujets, dont la masturbation.

La collection est complétée par Jalousie et Génie parues en 2017 et qui sont toutes deux efficaces. Il est impressionnant de voir à quel point Arsenault possède un lexique sexuel étendu. Elle l’utilise avec intelligence et fait de nombreux jeux de mots pleins d’esprit qui tirent un sourire en coin à de nombreuses reprises. Par contre, trop, c’est comme pas assez. À un certain moment, malgré les pièces Blame it on the Baby et Festival qui abordent des sujets autres, ça reste que tout est nappé de sauce sexuelle (oui, j’ai fait exprès). Ça finit par faire son temps. Musicalement, c’est généralement intéressant, mais les références à ce qui était en vogue au milieu des années 2000 sont très présentes. Sans être complètement dépassé, on a parfois l’impression d’écouter un album qui date de cette époque.

Au final, Donzelle accouche d’un Presse-jus qui est coloré et se tient bien. Peut-être certains mélomanes plus pudiques monteront aux barricades grâce à des phrases comme « Je me fais cuire un pain, pis je me beurre le trou », mais l’adulte consentant risque de trouver ça plus drôle qu’autre chose. Ce n’est pas un album musicalement très audacieux, mais en revanche la démarche, elle, l’est pour deux. Une rappeuse à voir sur scène, c’est certain.