Critiques

Dirty Projectors

Lamp Lit Prose

  • Domino Records
  • 2018
  • 38 minutes
8
Le meilleur de lca

Il y a à peine un an et demi, Dirty Projectors faisait paraître un album éponyme qui racontait essentiellement la rupture entre son leader Dave Longstreth et sa compagne Amber Coffman, ancienne membre du groupe. Or, voilà que la formation américaine est déjà de retour avec Lamp Lit Prose, un disque beaucoup plus ensoleillé, toujours aussi touffu et éclectique, avec plusieurs collaborateurs de renom.

La musique des Dirty Projectors n’a jamais été facile d’approche. Situées quelque part entre les expérimentations vocales d’Animal Collective, les ruptures de ton à la Yes de l’époque The Yes Album, les rythmiques nerveuses de Vampire Weekend et la folk élaborée d’un Bon Iver, les chansons du groupe oscillent entre pop déjantée ou tout simplement bizarroïde. En général, la formation est à son meilleur quand elle canalise son imagination débordante afin d’offrir une pop accessible malgré tout, comme sur les magnifiques Bitte Orca (2009) et Swing Lo Magellan (2012).

Si le groupe a toujours tourné essentiellement autour de la personnalité de Longstreth, avec un nombre incalculable de musiciens accompagnateurs, c’est encore plus vrai depuis le départ d’Amber Coffman. En fait, le précédent Dirty Projectors sonnait davantage comme un album solo de Longstreth, où il se montrait plus vulnérable que jamais, sur des pièces qui alternaient entre art pop et R&B réinventée.

Lamp Lit Prose, que Longstreth a décrit comme une sorte de yang par rapport au yin de Dirty Projectors, dégage davantage l’impression d’une démarche collective. Ça se ressent surtout dans le chant, alors que Longstreth revient à son habitude de combiner deux ou plusieurs voix sur une même chanson, avec moult effets électroniques pour en maximiser le résultat (allergiques à l’Autotune s’abstenir…)

La plupart des collaborations sont réussies et Longstreth évite le piège des albums du type « all star », où l’accumulation d’invités vedettes prend le dessus sur la cohérence de la proposition. Pourtant, le risque était là, avec des collaborateurs incluant HAIM, Robin Pecknold (Fleet Foxes) et Rostam (Vampire Weekend).

Le premier titre de l’album, Right Now (en duo avec Syd), montre tout le génie de Longstreth, capable de construire un tube soul-R&B à partir de fragments disparates assemblés de main de maître en studio. La mélodie, que l’on croirait empruntée à Amazing Grace, mais complètement déconstruite, s’avère étonnamment accrocheuse. Quant aux sœurs HAIM, leurs chœurs donnent à l’excellente That’s a Lifestyle une facture presque pastorale, dans le genre Crosby, Stills & Nash.

Le côté plus ensoleillé de cet opus se traduit aussi par ses sonorités : caribéenne sur Break-Thru, la plus ébouriffée de l’ensemble; funky sur I Feel Energy, qu’on pourrait confondre avec un pastiche de Don’t Stop ‘Til You Get Enough de Michael Jackson; presque doo-wop sur Blue Bird, dont le texte étonne par sa naïveté et sa candeur :

« You and me, me and you

Something deep, something true ».

Blue Bird

L’énergie s’essouffle un peu vers la fin. La ballade folk You’re the One, en trio avec Robin Pecknold et Rostam, est jolie, mais elle manque de tonus par rapport aux autres morceaux. Et l’expérimentale (I Wanna) Feel It All, portée par des harmonies jazz de flûte et de saxophone, se révèle trop vaporeuse comme finale.

Avec maintenant huit albums derrière la cravate, on peut se demander si la formule des Dirty Projectors pourra faire effet encore longtemps. Dave Longstreth demeure un créateur de génie, et ce Lamp Lit Prose en fait la preuve, sauf que sa musique peut parfois épuiser l’auditeur ou l’auditrice tellement elle tire dans tous les sens. Mais personnellement, j’ai encore soif de son inventivité, et je suis loin d’être le seul.

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