Critiques

Dilly Dally

Heaven

  • Dine Alone Records
  • 2018
  • 35 minutes
8
Le meilleur de lca

Pas besoin de chercher très loin ces temps-ci pour réaliser que la scène indie rock se plaît à ressusciter le rock alternatif des années 90. Pendant que des groupes tels que Nothing renouent avec le shoegaze, d’autres sautent à pieds joints dans le grunge. C’est le cas de la formation torontoise Dilly Dally, qui nous arrive avec son deuxième album, le très réussi Heaven, après le célébré Sore sorti en 2015.

Les trois dernières années n’ont pas été de tout repos pour le quatuor mené par la chanteuse-guitariste Katie Monks (la sœur de David Monks, de Tokyo Police Club). Malgré des critiques élogieuses et une mention sur la longue liste du prix Polaris, le groupe a bien failli imploser lors de la longue tournée qui a suivi le disque Sore. Le bassiste Jimmy Tony a notamment dû être remplacé pour quelques spectacles pendant qu’il suivait une cure de désintoxication, tandis que les tensions se faisaient de plus en plus vives au sein de la formation. Après le dernier concert de la tournée, Monks est rentrée chez elle à Toronto, incertaine si le groupe survivrait, comme elle le disait récemment dans un entretien accordé au magazine Rolling Stone.

Pour les néophytes, Dilly Dally, c’est un peu un mélange entre l’énergie brute de Nirvana et un chant désespéré à la Kurt Cobain, avec un soupçon d’arrogance qui n’est pas sans rappeler les Pixies. Le groupe se plaît dans les rythmiques assez lentes qui laissent place aux variations d’intensité, entre des couplets souvent plus doux et des refrains où la voix de Monks se déchaîne en cris douloureux.

Pour Heaven, la formation a fait appel au réalisateur Rob Schnapf, connu pour son travail sur plusieurs albums d’Elliott Smith, incluant Either/Or (1997), XO (1998) et Figure 8 (2000), mais qui a aussi collaboré avec Beck et Guided by Voices. Bien sûr, la seule présence de Schnapf contribue à renforcer cette impression que Dilly Dally sort directement d’une autre décennie, ce qui pourrait agacer certains mélomanes qui commencent à en avoir assez de ce retour au son des années 90. En même temps, on sent que la réalisation est au service du groupe, et non l’inverse, ce qui permet aux chansons d’Heaven d’éviter le piège d’une nostalgie trop calculée.

Comme sur le précédent Sore, la voix de Monks occupe le centre de l’espace sonore, elle dont le timbre peut parfois évoquer Courtney Love (Hole) ou même une PJ Harvey à ses débuts. Les guitares sont toutefois mieux définies, avec pour résultat que les mélodies émergent plus facilement du magma de cris et de distorsion. C’est ce qui permet à Dilly Dally de jouer sur les contrastes, alternant entre lumière et noirceur. C’est sans doute là ce qui distingue Heaven de son prédécesseur, qui sonnait davantage comme un coup de poing, alors que les nuances sont plus riches ici, malgré une uniformité (certains diront redondance) au niveau des tempos.

Il serait présomptueux de ma part de qualifier Heaven d’album « féministe », mais il n’en demeure pas moins que plusieurs titres abordent l’importance de s’affirmer en tant qu’individu (sans suivre les stéréotypes de genre, un thème sous-jacent au texte de Bad Biology). « Believe in yourself ‘cause that’s all the matters », chante Monks sur la puissante Believe, tandis que sur Doom, elle nous invite à préserver notre différence en proclamant : « What’s inside you is sacred ». Le groupe ne craint pas non plus d’explorer ses zones d’ombre, comme sur Sober Motel, qui aborde les problèmes de toxicomanie qui ont failli sonner le glas de la formation.

Il ne sert à rien d’attendre le paradis, nous dit Dilly Dally, car il existe en nous…

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