Critiques

Denzel Curry

Zuu

  • Loma Vista Recordings
  • 2019
  • 29 minutes
7

Mots de Denzel Curry, le but de Zuu était de faire du lourd, aussi simple que ça. On est loin d’un projet comme TabooCurry revendique entre autres la cause de la perte d’humanité au profit du divertissement avec la pièce Clout Cobain ainsi que la perte de l’innocence avec la chanson titre. Une simple mission, une simple réponse; Curry a pondu du lourd. Il mentionne d’ailleurs que Zuu est venu à son esprit suite à un sentiment de mal du pays. On peut se demander comment quelqu’un peut s’ennuyer de Carol City, là où c’est la jungle, le ghetto, le chacun pour soi. On peut aussi se demander comment on peut renier et tourner le dos à la ville, l’environnement qui nous a façonnés. Pour Denzel Curry, Carol City, c’est aussi le Raider Klan, Spaceghostpurrp, un son cru, chaud, violent, lourd, qui a indéniablement transformé Curry, le raconteur hors pair qu’il est aujourd’hui.

Dans son plus récent projet, on ressent davantage l’appel de la maison au profit du mal du pays. Denzel mentionne que le freestyle est une pratique facile lorsque l’orateur a quelque chose à raconter. À l’exception de la chanson Shake 88, l’album Zuu a été entièrement «freestylé», on peut donc supposer que Denzel n’a pas creusé très longtemps pour trouver quelque chose à raconter au sujet de sa ville maternelle.

Zuu, c’est le résultat de multiples collaborations avec des artistes venant de la région du sud de la Floride pour rendre hommage à son Carol City natal. Curry a cru bon de s’entourer de gens qui ont vécu et vu la même Floride, un pari qui a porté son lot de fruits puisqu’on ressent bien l’esprit chaud et tendu.

Fidèle à son poste, le producteur FNZ, qui complète parfaitement le flow ainsi que le style lourd et violent de Curry, nous livre de basses fréquences très pesantes et des morceaux bien construits. En passant par le côté violent et mafieux de la pièce Birdz avec Rick Ross, la Floride des clubs de danseuses et des festivités avec le morceau Shake 88 ainsi que l’influence de son père Ricky avec la pièce homonyme, le projet du rappeur nous fait voir et découvrir plusieurs facettes de l’endroit qui l’a vu grandir.

Inattendu, le dernier morceau de l’album est un véritable mouton noir. On sent un clin d’œil, voire même un hommage au Raider Klan dans lequel Curry était membre lors de son plus vieux succès Threatz. On arrive à cette conclusion à l’écoute de la production très crue et imparfaite, la voix rauque et violente de Denzel accompagnée de Playthatboizay, toutes deux ont grandement été influencés par leur mentor d’antan Spaceghostppurrp qui laissait transposer son style glauque et gothique dans son art.

Zuu est un projet très assumé qui suit une ligne directrice sans dérouter, soit, raconter la Floride natale du rappeur tout en y rendant hommage avec des productions sonores qui rappellent l’état américain qui a vu grandir Curry. Le rappeur raconte sans dénoncer et laisse libre d’interprétation les conclusions à tirer. Le plaisir que Curry a eu lors de la confection de cet album est contagieux chez l’auditeur.

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