Critiques

Death Grips

Year of The Snitch

  • Harvest Records / Third Worlds Records
  • 2018
  • 38 minutes
7

Récemment, j’ai créé une mini-tempête sur ma page FB personnelle en partageant la chanson Thru the Walls de Death Grips et en déclarant que c’était encore une des meilleures choses qui soient arrivées au hip-hop dans les 10 dernières années. Un ami virtuel un peu beaucoup zélé s’est empressé de me faire comprendre que Death Grips c’est zéro du hip-hop. Que c’est juste un malade mental qui crie sur un rythme techno poche. Que le vrai rap c’est Wu-Tang Clan. Bref, un argumentaire béton pour finalement nier que le hip-hop est un courant musical en constante évolution, tout comme le métal.

Le pire, dans tout ça, c’est que je parlais alors d’une chanson d’Exmilitary, premier album de Death Grips. Où en est le groupe de Zach Hill et MC Ride 7 ans plus tard? Les gars baignent dans un univers musical encore plus distortionné, abrasif et chaotique. Ils continuent allègrement de brouiller les pistes entre le hip-hop, la techno, le punk, le rock et le noise le plus malin et ils le font encore plus agressivement. Mon ami FB mangerais probablement ses bas s’il jetait une oreille à Year of The Snitch.

Un gros buzz viral a précédé la sortie du 6e album du trio de Sacramento, Californie. D’abord, la page officielle du groupe a annoncé une collaboration avec Andrew Adamson, le réalisateur de Shrek. Ensuite, on annonçait un peu plus tard la présence de Justin Chancellor, bassiste de Tool, sur l’album. Disons que s’il y a une chose que Death Grips maîtrise encore mieux que la musique, c’est l’art de créer un buzz et de monter des coups d’éclat médiatiques hallucinants (la pochette avec le membre en érection de Zach Hill, les sabotages de leurs participations aux plus gros festivals du monde, entre autres). Dans ce cas-ci par contre, c’est un peu de la poudre aux yeux. Adamson fait une intro parlée de 12 secondes sur la chanson Dilemma et après 4 écoutes, je n’ai toujours pas réussi à discerner ce que le bassiste de Tool fait sur l’album. Était-ce un coup de pub servant à titiller les légions de fans du groupe de L.A.? Qui sait. Si vous savez exactement où Justin se fait entendre, appelez-moi! La collaboration la plus évidente est celle de DJ Swamp, demi-dieu de la table tournante, qui orne de son scratch dynamique plusieurs pièces.

Malgré toutes ces distractions promotionnelles, la musique de Death Grips tient encore la route et dérangera la majorité des humains qui en feront une écoute involontaire dans un party ou une liste d’écoute de nouveau hip-hop. Rien de trop neuf sous le soleil. On y retrouve encore des liens à faire avec Atari Teenage Riot, Public Enemy ou Prodigy. Il y a encore beaucoup d’assauts de guitares électriques et de cassures rythmiques assumées et c’est encore bourré de références culturelles étranges/élucubrations cryptiques de MC Ride. Un nouvel opus de Death Grips, c’est un peu comme un nouvel épisode de Twin Peaks ou Star Wars. Ça amène son lot de théories du complot dans des forums de discussion par des fans vraiment motivés. Dans le cas de Year of the Snitch, on raconte que la pièce Linda’s in Custody est en fait une référence directe à Linda Kasabian, complice de Charles Manson qui célébrait son anniversaire à la date de sortie de l’album… Hum OK, guys!

En gros, on y retournera pour Death Grips is Online, Hahaha, Dilemma, Little Richard et l’instrumentale frénétique The Horn Section qui, vous l’aurez deviné, ne contient absolument aucun instrument à vent. Dans l’ensemble, c’est un album réussi de Death Grips. L’effet de surprise n’y est plus, certes, mais ça reste un plaisir pour les habitués et un redoutable défi pour ceux qui préfèrent la douceur et la légèreté.

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