Critiques

Daniel Avery

Love + Light

  • Phantasy
  • 2020
  • 61 minutes
7,5

Daniel Avery est un DJ et producteur de musique électronique actif sur la scène britannique depuis une dizaine d’années. Il a publié un premier album en 2013, Drone Logic, proposant une sonorité techno minimaliste parfaitement adaptée pour danser ou chiller. Song for Alpha (2018) a conservé le moule original et a approfondit les thèmes en travaillant davantage sur les lignes mélodiques et les textures sonores. On retrouve sensiblement le même élan créatif sur Love + Light, troisième album publié cet été, qui propose un contraste plus marqué entre les pièces bien rythmées et les séances de méditation.

London Island débute en plein vol plané, les ailes bien déployées au-dessus du territoire minimaliste / progressif, qui évolue sur le même accord durant toute la pièce. La source d’inspiration donne l’impression que le fantôme de Richard Wright va chuchoter « vos bras sont lourds » tout près de l’oreille, mais ça n’arrive évidemment pas. Dusting for Smoke nous téléporte dans un entrepôt à louer dans lequel un rave fait danser les années 90 comme si elles n’allaient pas passer l’an 2000. Les notes s’étirent sur deux accords jusqu’à la séquence rythmique à mi-chemin qui apporte un peu de variation avec sa sonorité FM sans prétendre être une mélodie. Dream Distortion poursuit dans le genre deep house, partant d’une boucle initiale qui varie en clarté et en combinaison de strates. Katana ponctue l’élan tel un interlude, en retournant à la trame ambiante avec de la synthèse scintillante et de la guitare classique, celles-ci enveloppées dans de la réverbération souterraine.

Darlinn reprend la forme deep house avec une ligne rythmique bien montée qui s’éclaircit tranquillement jusqu’à ce que le reste des percussions complètent l’effet d’entraînement. Le kick s’arrête à nouveau rendu à l’interlude Depth Wish, qui roule en boucle comme une bille dans un tuyau. Searing Light, Forward Motion détone avec l’effet de saturation appliqué sur la séquence rythmique. L’énergie de l’élan initial est très intéressante bien que la variation dans le niveau d’abrasion ne renouvelle pas vraiment le thème. Infinite Future prend place aux percussions réverbérées, qui servent ensuite de support à la jolie trame ambiante doublée par le chœur céleste d’échantillons de voix.  

After the Fire ouvre sur un motif arpégé mélancolique enveloppé dans des effets de distorsion et de réverbération, inspirant jusqu’à des poumons bien gonflés et expirant lentement vers le silence. Into the Arms of Stillness continue dans le même effet d’enveloppe lointaine et saturée, comme un mirage sonore qui réverbère à travers une oasis souterraine. Fuzzwar rebondit sur un autre motif arpégé monté en boucle, répété durant toute la pièce en jouant subtilement avec les textures.

Pure Life s’éveille tranquillement sur une boucle au piano électrique, accompagné d’une oscillation de bruit blanc qui fait penser à un appareil électroménager. A Story in E5 se développe en trame atmosphérique à mi-chemin entre du trip hop et une ballade de film des années 80. One More Morning reprend au piano électrique réverbéré, cette fois-ci dans une trame dite adulte contemporain que l’on pourrait entendre dans un événement corporatif. Une conclusion étonnante qui fait sourire après tout ce qui vient de se passer.

Le territoire sonore de Daniel Avery s’est agrandi sur Love + Light, subtilement, dans les détails, parce qu’il ne faut pas non plus trop déroger de ce qui fonctionne déjà bien. La ponctuation entre les thèmes dansants et ambiants a gagné en contraste et en fluidité, et se téléporte de la piste de danse dans un club souterrain à un vol plané au milieu des montagnes, avec des séquences renouvelées en boucle avec soin.