Critiques

Cult Of Luna

The Long Road North

  • Metal Blade Records
  • 2022
  • 69 minutes
8
Le meilleur de lca

Depuis plus de vingt ans, les Suédois ne cessent d’épater les fans de métal grâce à leurs albums conceptuels et leurs irréprochables prestations enrichies par une mise en scène recherchée et des visuels à couper le souffle. Cult of Luna est l’un de ces rares groupes à faire l’unanimité auprès des connaisseurs de métal. Au cours des dernières années, cette ambitieuse formation a élargi son auditoire en conjuguant de nouvelles explorations atmosphériques aux habituels crescendos chirurgicaux remplis de tension.

En 2019, Cult of Luna nous avait gratifié de l’excellent A Dawn to Fear; un disque un peu plus introspectif. L’année dernière, le EP The Raging River avait fait son apparition au grand étonnement des purs et durs de la formation. Les piliers de la scène post-métal sont donc de retour, et rapidement de surcroît, avec un nouvel album intitulé The Long Road North.

Pour cette nouvelle épopée, la formation a fait totalement confiance à son instinct, elle qui avait l’habitude de conceptualiser ses albums avant même de les composer. Après avoir finalisé les arrangements des chansons de ce nouveau long format, l’hurleur en chef, Johannes Persson, a entrepris un périple. Concret et imaginaire à la fois, ce voyage l’a mené jusqu’à son lieu de naissance, Umeå, une ville située au nord de la Suède.

En plus de raconter musicalement le retour aux sources de Persson, The Long Road North est un album cinématographique qui évoque à la perfection les grands espaces scandinaves. En ce sens, les mystérieux intermèdes titrés Beyond I et Beyond II — le premier singularisé par la voix enveloppante de Mariam Wallentin et le deuxième mettant de l’avant le saxophone immatériel de Colin Stetson — sont absolument magnifiques.

L’échantillonnage en introduction de Cold Burn rappelle un signal d’alarme, celui que l’on peut entendre, par exemple, sur un navire sur le point d’échouer. C’est cette urgence de fuir vers une destination plus paisible qui constitue la trame de fond de The Long Road North.

Pour sa part, An Offering to the World présente une superbe progression éthérée qui se transforme en un riff ravageur, aux accents stoner, enveloppé d’un saxophone faussement imprécis. Dans Blood Upon Stone, on note une subtile incursion dans l’indie-pop aérien et ce n’est pas étranger à la contribution de la formation française Phoenix. Les vétérans pourraient même déceler une influence « pinkfloydienne » dans Into the Night. Évidemment, le morceau de bravoure que constitue la pièce-titre ne laissera pas de marbre l’indécrottable « headbanger » avide d’intensité sonore.

Fait important à noter, quelques pièces de ce nouvel album proviennent d’enregistrements inachevés issus des sessions d’A Dawn to Fear. Les fans pourraient donc y déceler une certaine redite. En fait, The Long Road North est complémentaire à A Dawn to Fear.

Aujourd’hui, Cult of Luna préfère utiliser son inconscient plutôt que d’intellectualiser exagérément sa démarche artistique. Tortueux et exigent, The Long Road North est un voyage sonore qui vaut, encore une fois, la peine d’être entrepris.