Critiques

Courtney Barnett + Kurt Vile

Lotta Sea Lice

  • Matador Records
  • 2017
  • 44 minutes
8
Le meilleur de lca

L’association entre l’Australienne Courtney Barnett et l’Américain Kurt Vile est l’une des connexions sonores parmi les plus naturelles qui soient. Les deux musiciens se sont rencontrés dans de nombreux festivals où ils se sont liés d’amitié, au point de partager la scène en maintes occasions. L’univers folk rock « slacker » et l’attitude décontractée, zéro prétention, de ces deux artistes me plaisent énormément.

En 2015, Vile nous a proposé B’lieve I’m Going Down. Un disque moins « cannabisant » que ses précédents albums et mieux réalisé, mais qui m’a un peu moins enthousiasmé. Pour sa part, la même année, Courtney Barnett nous avait gratifiés d’un Sometimes I Sit and Think, and Sometimes I Just Sit, lui aussi un peu moins « poteux » que son Double EP : A Sea of Split Peas de l’année précédente. Enregistré à Melbourne, dans le cadre de courtes sessions d’enregistrement – agenda rempli oblige – voilà Lotta Sea Lice, disque qui sera révélé officiellement ce vendredi.

Lorsque deux grands amis envisagent de créer ensemble, peu importe le champ d’expertise, il y a toujours quelques écueils à éviter. Entre autres, celui de sombrer dans le non-dit afin d’éviter de froisser l’ego de notre camarade… à moins que le processus créatif coule de source tant les deux comparses s’entendent comme larrons en foire. Eh bien, sur Lotta Sea Lice, on assiste à une collaboration qui respire la sensibilité, le plaisir et la décrispation.

Le chant traînant de Barnett combiné à l’approche musicale très « Neil Young & Crazy Horse » de Vile, nous amène dans un univers oscillant entre contemplation émouvante et un côté rock très terre à terre. S’appuyant sur les justes observations des us et coutumes du monde extérieur, le tout bonifié d’une autodérision qui en dit long sur l’humilité des deux compositeurs, Vile et Barnett nous propose le « feel good » album de l’année.

Avec l’aide de complices de talent (Mick Harvey, Jim White, Rob Laasko, Stella Mozgawa et Mick Turner), nos flemmards favoris donnent le meilleur d’eux-mêmes avec une authenticité et une sincérité qui attendrit. Cette rencontre souhaitée entre ces deux jeunes instrumentistes, qui n’ont aucun autre désir que de jouer ensemble pour le plaisir de la chose, sans rien attendre du monde extérieur, et en créant une musique qu’ils aiment, m’a ému jusqu’à la moelle. Simple et beau à la fois.

Et c’est bon du début à la fin. En plus des excellentes Fear Is LIke A Feast et Over Everything (l’une des meilleures chansons de l’année en cours), le duo réinterprète trois chansons, dont deux pièces provenant de leurs répertoires respectifs : Outta The Woodwork, réactualisée par Vile, Peepin Tomboy, magnifiquement chantée par Barnett et une reprise du corpus chansonnier de la formation alterno Belly, menée à l’époque par Tanya Donelly, intitulée Untogether.

Pour toutes sortes de raisons, aussi personnelles que « professionnelles », ce Lotta Sea Lice résonne fort dans mon coeur et mes tripes. Et ça devrait vibrer très fort chez tous les amateurs de folk rock sans fioritures et chez tous les « no-bullshiters » de ce monde.

*Cette critique est dédiée à ma mère, ma « no-bullshiter » préférée, Carmen Trottier, décédée le 29 août dernier des suites d’une longue maladie.

Ma note: 8/10

Courtney Barnett + Kurt Vile
Lotta Sea Lice
Matador Records
44 minutes

http://courtneybarnettandkurtvile.com/

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