Critiques

Comment Debord

Comment Debord

  • Audiogram
  • 2020
  • 40 minutes
7

Débarquant tout droit des années 70, on leur accorde souvent le titre des nouveaux Beau Dommage, mais Comment Debord c’est plus que ça. On y retrouve l’influence de la soul, du funk et du R&B issue de compagnies de disques mythiques tels que Motown Records, celle-ci combinée au franc-parler et aux expressions de nos chansonniers. Réalisé par nul autre que Warren C. Spicer (Plants and Animals) et enregistré sur un ruban analogique, Comment Debord nous offre dans leur premier album toute l’énergie et la résonance des vieux records. Le son rock groovy du septuor montréalais se reconnaît par quelques détails près, comme le choix d’instruments tels que l’orgue, le clavinet et le Wurlitzer qui sont en soi de véritables figures instrumentales de la musique des années 70.

Rémi Gauvin, principal auteur et chanteur du groupe, tient sa force dans une poésie franche, accessible et précise, puis dans ses propositions d’images toujours colorées. Il faut souligner son sens du punch et sa voix, qui me semble être un hybride entre Martin Léon et Hubert Lenoir (oui, oui). On mise beaucoup sur la jeunesse qui se réapproprie la québécitude. Et on le fait avec des clins d’oeil qui font sourire : 

« Je sais pas c’est quoi moé les tentes Huttopia

J’men rappelle pas tant que ça de l’année du verglas

Chu ben trop dans l’jus j’te laisse faire tes sparages

Pendant que mes chums y mettent du Choses Sauvages ».

– Papier Foil

On nomme aussi des choses universelles, un peu à la Dédé Fortin, c’est-à-dire en tournant simplement un vers pour en faire ressortir un sens nouveau.

« C’est avec toé

C’est avec toé

Que je veux

Ne pas être seul »

– Papier Foil

Au-delà de cette légèreté, ils ont une façon bon enfant de critiquer la société qui tend à la polarisation et à la perte d’un dialogue :

« Le monde qui pense que le monde

Qui pense pas comme eux

C’est des cons

C’est des cons  »

– Chandail Principal

Comment Debord, c’est de la musique sans prétention, pour le plaisir, de la simplicité qui fait du bien et qui fait remuer le bassin. C’est aussi beaucoup de belles choses comme Chalet, un ver d’oreille qui, contrairement à plusieurs autres, est agréable à chantonner à toute heure du jour. Il y a Travailleur autonome, chanson idéale pour gueuler son malheur en spectacle quand le tout sera permis. Aussi, il y a une certaine Alex Guimond qui y va d’une interprétation mordante de Bay Window, qui vient rafraîchir le fil des chansons. Il y a dans la ballade Chasseurs de tournades  des chœurs qui sont la définition même de la douceur. Puis, le succès Papier foil, avec une montée disco funk très intéressante, vers la fin.

À une époque où les chanteurs et chanteuses solos dominent, il serait tout à leur avantage de continuer de miser sur l’effet orchestral et collectif, en exploitant et en variant davantage les talents des sept musiciens afin de prévenir une certaine redondance. 

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