Critiques

Clark

Playground in a Lake

  • Deutsche Grammophon
  • 2021
  • 63 minutes
8
Le meilleur de lca

Clark (Christopher Stephen Clark) a beaucoup travaillé depuis son premier album Clarence Park publié sur Warp il y a vingt ans, devenant une marque maison pour beaucoup de passionnés de musique électronique qui ont suivi l’évolution de l’étiquette britannique. Leur collaboration a produit dix albums qui nous ont menés à une finale au sommet avec Death Peak (2017), duquel Clark en a profité pour passer à autre chose, et entreprendre un changement de direction vers les trames sonores de série télévisée et œuvre cinématographique. Il est de retour trois ans plus tard avec Playground in a Lake, un album studio à la métaphore d’enfant qui devient adulte sur lequel la techno est presque complètement remplacée par un orchestre de chambre et des choristes.

Lovelock ouvre l’album sobrement sur un filament liant les notes au violoncelle, appuyé par une itération profonde au synthétiseur. Lambent Rag annonce l’arrivée au terrain de jeu sur une séquence habituellement réservée à des oscillateurs, mais confiée cette fois-ci à des échantillons de piano. Le thème gagne en grandeur lorsque la basse monophonique, la pluie de notes frappées et les cuivres réverbérés s’ajoutent à la partie. Citrus continue délicatement au piano sur une nouvelle séquence, en duo avec un fond composé de field recording et de notes étirées dans l’espace. Forever Chemicals oscille à travers un mouvement ascendant et descendant aux cordes, qui évolue en trame mélancolique à laquelle s’ajoute la voix de Nathaniel Timoney (un jeune choriste)qui chante en forme de souhait envolé.

More Islands passe en trame vaporeuse des années 80 avec des notes scintillantes tel un ciel étoilé; le motif se dédouble et se croise pour multiplier les harmonies. La masse s’assoupit rapidement, ne laissant qu’une corde vibrer en suspension vers la destination interprétée par les cordes orchestrales. Small prend une forme plus percussive, qui va d’un accord à l’autre au piano électrique réverbéré, en duo avec la voix de Timoney. Disguised Foundation rampe au-dessus d’une pulsation souterraine saturée, de laquelle une mélodie tente de s’échapper en solo. Le mouvement transite à une voix méditative soutenue par un carillon et un clavier cuivré, qui se déforme en solo vocal expérimental. Suspension Reservoir résonne sur une suite d’accords au piano, doublant le tempo dans les notes aiguës et créant un effet d’entraînement léger.

Entropy Polychord entretient un grand souffle harmonique à l’orchestre, comme une vague océanique décorée par quelques notes à la harpe et au violon, et conclue sur de la synthèse cuivrée « à la Clark ». Aura Nera prend la forme d’un grésillement industriel mélangé à de l’orgue d’église, prenant un air solennel post-apocalyptique. Already Ghosts fait suite comme un mirage sonore dans une tempête de sable. Earth Systems résonne au synthétiseur cuivré comme une alerte rouge dans un bunker, en duo avec la contrebasse.

Emissary allège le tout au piano, violon et violoncelle, sur un thème gris coloré par le trio vocal. La section des cordes revient sur Comfort and Fear en un élan gracieux qui se tient en suspension entre la tension et la résolution. Shut You Down continue la descente amorcée durant la pièce précédente en alourdissant la masse musicale à chaque pas. Life Outro réverbère dans l’espace sur un thème bien moins sombre, presque teinté d’espoir, et prend le temps de respirer pendant une dizaine de minutes.

Je ne sais pas combien de compositeurs de musique électronique ont été publiés sur DG, mais la trame sonore de Daniel Isn’t Real (2019) a possiblement contribué à faire de Playground in a Lake une grande étape en soi. Pas tant parce que c’est le meilleur album de sa discographie, mais bien parce qu’il semble s’être complètement libéré de celle-ci, et des attentes des disciples de Warp. On passe donc à un répertoire hybride entre l’électro et le néo-classique, qui peut faire penser à ce que Chilly Gonzales et Boyz Noise avaient accompli avec Octave Minds, en équilibre entre la délicatesse orchestrale et l’oscillation synthétique.