Critiques

Chou

Chou

  • Indépendant
  • 2022
  • 28 minutes
7,5

Le tonitruant chanteur-parolier de la formation « ARACHNO-punk » Chou, Charles Laplante, est l’un de nos collaborateurs depuis les balbutiements du Canal Auditif. En toute transparence, Charles est également l’un des bons amis de l’auteur de ces lignes. Or, soyez sans crainte, malgré le fait que Charles et ses acolytes nous présentent officiellement un premier long format, votre scribe en fera un compte-rendu objectif et rigoureux, autant que faire se peut.

Né des cendres fumantes des formations Teen Seizure et Ouïes, c’est l’union de Laplante et de l’inventif guitariste Bruno Bouchard qui a donné naissance à Chou en 2018. Se sont joints à ce duo de choc le bassiste-virtuose Patrick Chagnon — déniché sur Kijiji, ça ne s’invente pas — et l’excellente batteuse Gabrielle Oltra. Pour ce premier album autoproduit,  le quatuor a également fait appel aux vaillants services de David Fournier au mixage et de Yannick St-Amand au matriçage. Et Chou frappe un grand coup en bénéficiant de la collaboration d’importantes pointures du rock québécois : Antoine Corriveau, François Gagnon (Fuck Toute) et le légendaire Vincent Peake (Groovy Aardvark) qui vocalise sur Sarpinchel.

Durant l’un des premiers confinements, on avait assisté à une performance virtuelle de la formation et on y avait décelé un potentiel certain. C’est confirmé ! Cette première création homonyme est un efficace pamphlet qui s’attaque, sans aucune censure et de manière aussi caustique qu’humoristique, au conservatisme et à la superficialité de l’industrie du disque au Québec, mais aussi à nos contradictions, particulièrement en ce qui a trait à notre inaction collective face aux changements climatiques en plein essor.

Dans l’introductive pièce-titre, Laplante se paie la tête d’un certain public qui croit dur comme fer qu’un groupe indépendant et subversif comme Chou n’a qu’à envoyer des démos à quelques festivals pour remplir ses salles :

Vous avez-tu envoyé un démo, là, à toutes les places, là, genre, euh…

Aux Francouvertes, au FME, au PouzzaFest, au Taverne Tour, à Montebello Rock, à POP Montréal

Hein ? Ça vous tente pas de faire des shows devant du monde, hein ?

– Chou

Sur Miam Miam, Laplante tourne le projecteur vers notre soumission béate aux diktats capitalistes qui priorisent toujours le développement économique au détriment de la survie de notre planète… à moins que le parolier nous ait confondus en offrant un « hommage » bien baveux à tous ces bronzés qui profitent, avec une insouciance troublante, de ces trop chauds rayons de soleil  :

On est les macchabées du futur.

Des squelettes bardés de chair

Comme des saucisses cocktail

Enrobées de bacon

– Miam Miam

En plus de l’interprétation décomplexée de Laplante — une sorte de Lucien Francoeur des temps modernes — Chou nous offre une virée dans le punk hardcore, le stoner rock, le grunge et le rock québécois des années 70. Le hurlement sauvage de Laplante en conclusion d’Un gars dynamique a des relents de Kurt Cobain et Palmarès incorpore magnifiquement des ascendants de la formation Hot Snakes.

Deux pièces se démarquent significativement. La première, intitulée suavement Nick Melançon, voit Antoine Corriveau déclamer un texte assez brutal, mais poétique, sous un fond sonore très stoner rock. Une surprise fort agréable ! La deuxième est la conclusive Souvenirs de secondaire en spectacle. L’apport grinçant de François Gagnon en conclusion de la chanson est absolument cathartique. De plus, on aimerait souligner le remarquable boulot de Bruno Bouchard à la guitare, un compositeur mésestimé et un guitariste-bricoleur qui s’amuse à varier constamment les sonorités qu’il extirpe de son instrument, parfois d’un riff à l’autre, et souvent au sein d’une seule et même chanson.

Évidemment, Chou est un ovni dans notre industrie du disque assez propret. Même dans l’univers du rock lourd, le groupe détonne avec son humour mordant et son éclectisme musical. Ce groupe 100% punk dans l’attitude, décapant et hilarant à la fois, et qui ne craint absolument rien, vaut la peine qu’on y prête l’oreille attentivement.