Critiques

Charbonneau/Amato

Synth Works Vol. 2

  • Backward Music
  • 2022
  • 32 minutes
7,5

Mathieu Charbonneau et Pietro Amato sont comme de vieux chums qui, après avoir collaboré pendant des années dans des groupes comme Torngat, Ferriswheel et Luyas, avaient envie d’un trip de musique électronique minimaliste. En parallèle à Bell Orchestre pour Amato, et Avec Pas d’Casque et Organ Mood pour Charbonneau, les deux artistes / producteurs aux multiples talents nous avaient offert un premier volume en 2018, rassemblant les faits saillants de leur première exploration intersidérale. C’est que leur sonorité rappelle un mélange de musique cosmique (kosmische, krautrock) et d’ambiant japonais, deux inspirations d’origine planante avec lesquels le duo nous fait voyager à nouveau sur leur deuxième volume, publié en mars dernier. On y découvre sept nouvelles pièces composées à partir de filaments mélodiques et de pulsations électroniques, ficelées délicatement en matrices spatio-temporelles.

Le duo nous a partagé un premier simple en septembre dernier, Light Memoir, accompagné d’une jolie vidéo réalisée en stop motion. Musicalement, la boîte à rythmes instaure une pulsation autour de laquelle une masse aérienne prend forme, comme un vol plané qui donne le temps d’observer, de contempler une vue d’ensemble du territoire. La vidéo colle à la musique en réagissant visuellement aux événements sonores, centrée d’abord sur de la géométrie dessinée au charbon, effacée et redessinée ensuite de manière à créer une animation à la Norman McLaren. Celle-ci s’approfondit en ajoutant des végétaux séchés, comme une nature morte déconstruite de façon rythmique, magnifique.

Évaporations a suivi en version directe en studio, révélant un lieu chaleureux rempli de jouets avec des claviers, potards, boutons et câbles. Tout cela génère une séquence scintillante de nuit étoilée, qui augmente en luminosité pendant que la boîte à rythmes ajoute une base percussive. La mélodie s’étire au-dessus au clavier Farfisa, prenant de la densité jusqu’à ce que le thème atteigne un plateau presque new age.

As Fragile Ghosts est le troisième extrait présenté avec du visuel, partant d’une séquence synthétique placée en écho panoramique, secondée par une guitare et une basse vaporeuse 80s. Rendue à mi-chemin, la pièce monte à un niveau méditatif avec la flûte andine ponctuée par la basse monophonique itérative, une combinaison mémorable qui la place au sommet de l’album. Visuellement, ça ne se passe pas tout à fait de la même façon, à savoir qu’une lumière saturée de lampadaire est manipulée et combinée avec une horloge qui brille dans le noir, une vieille patate pleine de tubercules et un sonar d’avion de chasse. Le résultat est expérimental au point de ressembler à un bricolage de matière première composé la veille.

L’album propose trois autres pièces et un interlude réverbéré qui complètent joliment l’itinéraire proposé, en conservant le même équilibre de simplicité et de légèreté. C’est sans doute ce dont on s’imprègne davantage après l’écoute du deuxième volume, cette impression de lévitation dans l’espace si bien représenté dans un langage musical. Bien que l’expérience sonore s’inspire d’un courant auquel Ralf Hütter et Florian Schneider ont participé il y a cinquante ans, Amato et Charbonneau sont dans le moment présent, entouré d’instruments rétro qui ont encore quelque chose de cool à dire sur l’exploration sonore.