Critiques

Warren Ellis + Nick Cave

Carnage

  • AWAL Recordings
  • 2021
  • 40 minutes
7,5

Warren Ellis, fondateur de The Dirty Three, compositeur et multi-instrumentiste australien né en 1965, est le plus fidèle acolyte de Nick Cave depuis belle lurette. C’est en 1994, alors que les Bad Seeds planchaient sur Let Love In, qu’il est invité à jouer du violon sur l’album (pour les nerds, on peut l’entendre dans Ain’t Gonna Rain Anymore et Do You Love Me? Part 2). Il est de retour à titre d’invité en 1996 pour Murder Ballads et devient membre à part entière des mauvaises graines l’année suivante pour The Boatman’s Call (2011).

Au fil des années, sa contribution à la musique du groupe prend une telle ampleur qu’il finit éventuellement par éclipser l’apport de Blixa Bargeld et Mick Harvey, deux des créateurs les plus influents du collectif. Aujourd’hui, Nick Cave ne fait plus rien sans Warren Ellis, qu’il s’agisse des Bad Seeds, de Grinderman où de leur prolifique carrière de compositeurs de trames sonores (The Proposition, Mars, The Road ou Wind River, entre autres). Leur relation fusionnelle rappelle une version plus organique de Trent Reznor et Atticus Ross.

Bref, tout ça pour dire que la pandémie n’allait sûrement pas priver Nick Cave de sa douce moitié créative. Nick et Warren sont particulièrement productifs en ces temps incertains où ils ne peuvent plus faire ce qu’ils font de mieux : jouer sur une scène. Ils ont sorti Ghosteen avec les Bad Seeds en 2019, Nick a enregistré un album rétrospectif en mode seul au piano (Idiot Prayer) en 2020 et voilà que le duo débarque avec ce tout nouveau Carnage, premier album signé Cave-Ellis qui n’est pas une trame sonore, mais bien un disque de chansons qui s’inscrit parfaitement bien dans la continuité de la trajectoire empruntée par les Bad Seeds.

Malgré son titre qui aurait pu être attribué à un album de Deicide ou de Cannibal Corpse, Carnage ne fait pas dans l’agressivité incontrôlable. Après avoir exorcisé les phases du deuil de son fils sur Skeleton Tree et Ghosteen, Nick Cave est un homme transformé. Le dandy cynique amoureux des passions torturées a laissé place à un type spirituel qui invite quiconque veut bien l’entendre à profiter de chaque moment et à savourer l’amour à grand coup de métaphores dont lui seul à la recette. Ça a l’air absolument quétaine, si on se fie à cette description, mais la portée émotionnelle de son discours à fleur de peau est décuplée par la qualité suprême des arrangements de Warren. Les deux artistes ont développé une forme d’écriture totalement intuitive et on sent très bien qu’ils arrivent en studio sans avoir aucune idée de ce qu’ils auront sous la main en sortant.

Carnage a été un trip de composition intense duquel est ressorti un album contemplatif et concis qui fait du bien. Nick et Warren sont toujours dans leurs zones de confort (piano, cordes et bidouillages électroniques) et quiconque a aimé Skeleton Tree et Ghosteen peut déjà se faire une idée du type d’album auquel on a affaire en enlevant la lourdeur de l’équation. White Elephant, qui fait appel au batteur des Bad Seeds, Thomas Wydler, et à une chorale gospel, est la pièce qui détonne le plus avec les échos d’Abattoir Blues. Saluons également au passage la pulsative Hand of God, l’ombrageuse Old Time et la finale lumineuse de Balcony Man.

En résumé, Carnage n’est peut-être pas l’album idéal pour quiconque commence à s’intéresser à l’œuvre colossale de Cave, mais les fans l’aiment d’amour sans même l’avoir écouté, ça, c’est certain.

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