Critiques

Nick Cave And The Bad Seeds

Ghosteen

  • Ghosteen Ltd.
  • 2019
  • 68 minutes
9,5
Le meilleur de lca

À ce point-ci, je ne sais plus trop quoi dire sur le nouvel album des Bad Seeds. Tout a été dit et ma critique abonde largement dans le sens des articles publiés dans des plateformes autrement plus grandes. C’est l’album de l’année, en ce qui me concerne. Ni plus ni moins. Il m’a fallu beaucoup de temps pour le digérer et être capable d’en jaser.

C’est un exercice plutôt pénible de comparer des disques de styles complètement différents pour déterminer lequel mérite d’être porté aux nues et déclaré meilleure galette de l’année. Dans ce cas-ci, par contre, on transcende la simple musique pour atteindre l’expérience spirituelle complète et c’est ce qui fait en sorte que le second album double des Bad Seeds (après Abattoir Blues/The Lyre of Orpheus) transcende le temps pour devenir un classique instantané.

Ghosteen a été écrit et composé entièrement après que la poussière du décès du fils de Nick, Arthur Cave soit retombée. La douleur est encore très vive et elle macule l’oeuvre intégralement. Il faudra patienter encore en ce qui concerne le retour du dandy libidineux vieillissant de Grinderman. Et encore, peut-être ne reviendra-t-il jamais ? Comment revenir indemne d’une telle oeuvre ?  Je vous le demande.

J’imagine très mal les chansons narratives où évoluent les personnages louches imaginés par Nick Cave côtoyer les expériences transcendantales et poétiques de ce 17e effort sur une scène. La différence est telle qu’on a presque l’impression que le bon Nick est en train de se transformer en Leonard Cohen sous nos yeux et nos oreilles. Le style narratif d’antan commençait déjà à disparaître sur Push the Sky Away et il est ici totalement absent pour laisser la place à un style beaucoup plus impressionniste.

Il se dégage tellement de beauté, de douleur, de lumière et d’ombre de cet opus qu’il est presque insoutenable, du moins pour les deux ou trois premières écoutes. On vous suggère fortement de ne pas être en deuil ou en peine d’amour au moment où vous allez vous le claquer. Ou sinon, vous feriez mieux de vous enfermer dans votre chambre en étant résigné à mouiller vos draps, votre face, vos rideaux pis votre boîte de kleenex au complet. Si la douleur exprimée dans Skeleton Tree (2016) était vive et presque trop fraîche, ce sont les mêmes émotions qui habitent encore les élucubrations de Nick. Toutefois, elles côtoient cette fois l’amour sous sa forme la plus pure, la beauté et l’impuissance de l’homme face à la fin de toutes choses. C’est un disque universel qui fait mal surtout parce qu’il traite de la fragilité de nos vies et du fait que toute bonne chose a réellement une fin.

Je pourrais perdre mon temps à vanter l’ingéniosité de la musique de Warren Ellis et du reste des Bad Seeds, qui font encore une fois preuve d’une grande retenue pour laisser toute la place au poète leader. Je pourrais m’étendre longuement sur ces nappes de synthés presque Nouvel-Âge, ces sons de cloches déphasés et ralentis ou encore les boucles électroniques défaillantes créées avec minutie par ce bon vieux savant fou de Warren. Le travail du groupe est merveilleux et les paroles de Nick sont couchées sur de petits miracles tout au long de l’album.

Il ne faudra pas pleurer si le personnage flamboyant qu’incarnait Nick Cave ne ressuscite jamais. Ce type-là a été remplacé par un homme brisé par le deuil qui se reconstruit dans la beauté absolue. C’est comme si le mur de verre qui le séparait de son public avait éclaté pour le faire revenir parmi les mortels à nouveau, dans toute sa fragilité et dans toute son humanité. Les humains sont en constante évolution et ils ne peuvent jamais vraiment revenir en arrière. Je préfère que Nick continue à sonder l’absolu plutôt que revenir en arrière pour devenir une parodie de ce qu’il a déjà été.

Au risque de me répéter, Ghosteen est une oeuvre gigantesque qui commande toute votre attention et réoriente entièrement le personnage que nous adorons.

Nick Cave est mort, longue vie à Nick Cave.

1 commentaire

  1. Steve Naud, le 2019-10-21 à 06:27

    Je suis complètement d’accord avec tout ce qui est dit dans ce texte. Ghosteen n’est d’ailleurs pas seulement le disque de l’année, c’est une des grandes oeuvres de notre époque!

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