Critiques

Bruce Brubaker & Max Cooper

Glassforms

  • Infiné Musique
  • 2020
  • 53 minutes
7,5

Bruce Brubaker est un pianiste et artiste états-unien reconnu pour avoir revisité une partie des œuvres de Philip Glass et avoir collaboré avec des artistes sonores de calibre international, entre autres. Max Cooper est quant à lui un producteur de musique électronique britannique qui évolue sur les scènes electronica et techno depuis une quinzaine d’années. La collaboration entre les deux artistes a mené à un enregistrement aux Philharmonies de Paris l’année dernière, durant lequel Brubaker interprète des pièces de Glass, entrecoupées de cinq préludes. Cooper a programmé un logiciel qui utilise la performance au piano comme source pour générer de la matière sonore numérique. On retrouve donc la facette minimaliste et répétitive de Glass interprété de façon magistrale par Brubaker, et on découvre en même temps une dimension électroacoustique qui renouvelle la forme néo-classique jusqu’à un seuil parfois expérimental.

Prelude 1 s’ouvre délicatement sur quelques notes de piano espacées de manière à laisser la réverbération respirer, les glitches et grattements numériques y ajoutent une atmosphère de lieu souterrain. Metamorphosis 2 suit naturellement la pièce d’ouverture en passant à une trame mélancolique. Le traitement numérique va chercher des fragments de piano pour les métamorphoser avec justesse. La performance de Brubaker est telle que la partie électronique sert de toile de fond de taille IMAX, générant une longue oscillation qui semble inspirée d’un courant océanique. Prelude 2 retourne dans le lieu souterrain où Prelude 1 nous a laissés et reprend le thème en développant légèrement la mélodie et l’élaboration des bruits synthétiques. The Poet Acts commence en solo au piano et prend un moment avant qu’une basse bien rugueuse vienne approfondir le motif avec ses glissandos de synthétiseur monophonique.

Prelude 3 délaisse la dissonance des deux premières parties pour un phrasé plus harmonieux, mais toujours accompagné de bruits réverbérés, des gouttes d’eau aux séquences filtrées. Tous ces éléments sonores se poursuivent sur Two Pages en accentuant la partie rythmique pendant que la mélodie tourne en boucle au piano. Le thème passe progressivement à une trame distorsionnée qui culmine en décollage de fusée. Prelude 4 prend place sur une impulsion de satellite qui évolue en trame synthétique bien dense. Mad Rush ouvre magnifiquement au piano, dédoublé en fragments par l’effet de délai, qui devient soudainement un orchestre de notes saturées rendu au sommet du mouvement. La pièce retombe à un duo piano et trame qui ronronne en renouvelant l’énorme vague une deuxième fois avant de s’assoupir.

Tirol Concerto reste plus posé, d’abord en solo au piano, et discrètement accompagné d’effets de réverbération. Prelude 5 revient finalement à la dissonance et au lieu souterrain, comme un retour à la source des fréquences sonores. Opening conclut en beauté. Le piano prend les devants durant la première moitié de la pièce et laisse ensuite les circuits élaborer un orchestre numérique. Les algorithmes prennent de l’ampleur de mesure en mesure jusqu’à une finale triomphante.

Comme on pouvait s’y attendre, le travail de Philip Glass se retrouve au centre de Glassforms, et par extension, la performance de Brubaker au piano. Cette mise en valeur a pour effet que la collaboration entre les deux artistes s’apparente à un concerto dans lequel Cooper suit le pianiste pour modeler la partie orchestrale. Le traitement numérique en direct approfondit les thèmes et génère des changements de densité qui vont du pont discret au sommet épique, sans toutefois dénaturer les pièces originales.

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